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Ahae à Versailles, le privilège de l’argent

Bernard Hasquenoph | 29/08/2013 | 08:20 | 18 commentaires


L’Orangerie du Château de Versailles présente l’exposition d’un milliardaire photographe amateur qui accroit sa notoriété en s’offrant des lieux prestigieux de par le monde. Derrière le businessman-artiste, se cache un prédicateur évangélique. Article traduit en coréen : 세월호-유병언) 베르사이유의 아해, 돈의 특권 (프랑스 기사 번역


En août 2013, nous révélions en exclusivité mondiale mais dans une totale indifférence des médias, la véritable identité du photographe sud-coréen Ahae : Yoo Byung-eun impliqué dans le naufrage du Sewol - enquête à lire ci-dessous -, ce qui nous valut, une semaine après le drame en avril 2014, d’être cité puis sollicité par les médias coréens. Depuis, nous avons sorti d’autres révélations sur les mécénats douteux d’Ahae en France.

29.08.13 | IL SERAIT NÉ AU JAPON en 1941 et vivrait en Corée du Sud où, depuis quelques années, il passerait ses journées à prendre en photo frénétiquement la nature, depuis la même fenêtre ouverte « qu’il pleuve ou qu’il vente », à l’aide d’un matériel dernier cri. On parle de 40 appareils différents et de photos toutes les dix secondes. Il aurait ainsi amassé 2,6 millions d’images en 4 ans. Voilà pour l’exploit, digne du livre des records.

Mais qui est-il vraiment ? Son vrai nom reste inconnu, il n’accorde aucune interview et personne ne l’a jamais vu (quelques rares photos officielles circulent, jamais de face). Présenté dans la presse comme milliardaire, l’origine de sa fortune proviendrait du dépôt « de plus de mille brevets et marques » ; d’inventions qui lui auraient valu plusieurs prix internationaux, dans des domaines aussi variés que les objets ménagers, les produits santé ou les bateaux ; d’entreprises qu’il aurait créées ou qu’il superviserait dans le secteur de l’agriculture bio, on mentionne des plantations de thé en Corée et de lavande en Californie (123 Farm). Mais ces infos, reprises partout en France et à l’étranger, des médias aux blogs, des institutions jusqu’à Wikipédia (modifié fin avril 2014), puisent à la même source, sa biographie officielle qui en dit trop et pas assez - il y est présenté comme « inventor, entrepreneur, philanthropist, environmental activist, martial artist, painter, sculptor, poet, and photographer » -, sans que personne n’ait, semble-t-il, jamais rien vérifié. Ou jamais pu, faute d’identité. Contacté, son staff est resté désespérément muet. Plus aimable, l’agence francophone Korea Press Production basée à Paris nous a répondu n’en rien savoir.

Ahae, businessman, artiste... et prédicateur évangélique ?

Après recoupement de multiples sources, nous sommes en mesure de révéler que l’artiste Ahae, dont le fils connu s’appelle Keith H. Yoo, serait, selon toute vraisemblance, un certain Byung Eun Yoo. Ce dernier, sud-coréen de la ville de Daegu, est l’inventeur de produits correspondants à la description de la bio officielle d’Ahae, précisés dans un article le concernant particulièrement bien informé [1]. Parmi ses inventions les plus récentes, on trouve une poire à lavement (portable enema device) et un système d’irrigation du côlon pour lequel il a été primé en 2006 dans une foire à Séoul. Byung Eun Yoo, c’est bien encore le nom du président du conseil d’administration de Highland Springs Resort en Californie dont dépend 123 Farm - Ahae en est le président du CA -, cité et présenté dans un article du Los Angeles Times comme propriétaire d’exploitations bio, dont de thé vert, en Corée du Sud. Jusque là, tout concorde.

Mais, au cours de nos recherches, un aspect totalement absent de la bio d’Ahae apparaît, et non des moindres, un engagement religieux majeur et public. Il serait l’auteur de plusieurs ouvrages sur la Bible : God So Loved (2 tomes), The Anchor of the Soul, As the Father Hath Loved Me et The Love that Frees the Spirit. On les trouve, en anglais, en accès libre et en vente sur le site www.god.com, signés Byung Eun Yoo. Un homonyme ? Trop d’éléments tendent à prouver qu’il s’agit bien du même homme : en fin d’ouvrages, Byung Eun Yoo est présenté comme inventeur et homme d’affaires ; site web et livres sont édités par l’organisation américaine Evangelical Media Group (EMG), laquelle a possédé son siège à New York, dans le même bâtiment qu’Ahae Press qui gère la carrière de l’artiste et dont l’adresse est commune à d’autres activités liées à lui ou sa famille [2] ; enfin, des mêmes noms se retrouvent dans toutes ces organisations : Michael Ham, Sang Su Lee, Dong-Yeon Moon, Pauline Huntington [3]. Difficile de croire à autant de coïncidences.

Ses livres présentent Byung Eun Yoo comme ayant oeuvré depuis plus de 40 ans « à soutenir la diffusion de l’Evangile dans le monde entier », à travers sermons et livres, traduits en dix langues. Il aurait porté la bonne parole en Corée, en Allemagne et en Amérique du Nord. Et, « à l’automne de sa vie, il continue[rait] à travailler pour la cause de l’Évangile avec la même énergie qu’il avait dans sa jeunesse et avec la ferme conviction que c’est un message que tout le monde a besoin d’entendre » [4]. L’organisation Evangelical Media Group a été créée en 2001. De la mouvance évangélique très présente en République de Corée, elle se réfère à Charles Spurgeon, prédicateur baptiste britannique du XIXe siècle. Comme toute organisation religieuse à but caritatif aux Etats-Unis, elle est exemptée d’impôt et fait appel aux dons. Elle se présente comme société d’édition et organisatrice de conférences sur la Bible en Amérique du Sud, Europe, Asie et Afrique. Dans des documents fiscaux (formulaire 990 de l’agence gouvernementale IRS) en ligne sur le Guide Star qui répertorie les organisations caritatives américaines, son but est décrit comme étant de « promouvoir les enseignements et les croyances de l’Église baptiste évangélique coréenne », dont le site web serait www.ebcworld.org. EBC comme Evangelical Baptist Church, église qu’aurait co-fondée le “Pasteur” Byung Eun Yoo puis dirigé seul, selon un blog qui nous a mis sur la piste [5]. Le Highland Springs Resort, en Californie, qui est aussi un hôtel et un centre de conférences, a d’ailleurs accueilli fin 2008 la 30th North American Bible Conference organisée par EBC. Au regard de tous ces éléments, il demeure peu de doute que Byung Eun Yoo et Ahae ne soient pas une seule et même personne.

Loin de nous l’idée de juger les convictions religieuses qui seraient celles d’Ahae et nous sommes bien incapable de mesurer la réelle portée de son supposé ministère, ni n’avons réussi à établir s’il exerçait toujours une responsabilité au sein de l’Église qu’il aurait créée. La seule question qui demeure et qui nous interroge : pourquoi cacher cet engagement puisqu’il représente, semble-t-il, une part importante de son existence ? Les institutions publiques qui acceptent son argent savent-elles seulement de qui il provient et les visiteurs qui découvrent ses expositions n’ont-ils pas le droit de savoir qui il est vraiment ? Cela nous semble un minimum. D’autant qu’une fois connu, cet engagement éclaire son oeuvre et le discours qui l’accompagne d’un jour nouveau. Milan Knížák, l’un de ses exposants qui semble le mieux le connaître, ne s’y est pas trompé, concluant ainsi son éloge : « Si je croyais vraiment en Dieu, je dirais qu’Ahae, à travers ses photographies sans prétention, célèbre Dieu le Créateur. »

Revenons au photographe. Élevé au rang d’artiste, au-delà du genre documentaire auquel se rattache la plupart de ses clichés, Ahae n’a ni agent, ni galeriste qui l’aurait découvert, et aucun talent particulier tellement ses photos, certes belles parfois et techniquement de qualité, sont confondantes de banalité au regard de ce qui se fait dans le genre [6]. Pour s’en convaincre, il suffit de plonger dans la production foisonnante des participants du Festival international de la photo animalière et de nature de Montier-en-Der qui en est à sa 17e édition, ou du concours Wildlife Photographer of the Year qu’organise le Musée d’histoire naturelle de Londres depuis 1964. Ultra-conventionnelles par leurs cadrages et leurs sujets, les seules images d’Ahae qui sortent du lot sont celles qui tirent vers l’abstraction, sans être non plus d’une originalité folle : surface de l’eau en gros plan, cercle du soleil couchant, biches floues... Globalement, ce serait plutôt les tirages qui forceraient l’admiration. Aussi, la question n’est pas tant de savoir s’il est un bon photographe, même un artiste, mais s’il mérite tant d’attention.

La vision qu’Ahae projeterait de la nature serait « bio » (organic en anglais), la capturant tel quel, sans éclairage ni mise en scène, une démarche présentée comme exceptionnelle [7]. Pourtant le bout de paysage qu’il mitraille est tout sauf sauvage puisque constitué de deux étangs manifestement artificiels, séparés par une route de terre. Les photos, sélectionnées par son staff, ne seraient ensuite jamais trafiquées, ni ne feraient l’objet d’aucune manipulation. Même pas recadrées ? Une chose est sûre, elles font l’objet d’un important travail au niveau du tirage, de la part de professionnels. L’absence de mise en scène ? c’est un peu le propre du genre photographique qu’il a choisi. Difficile de faire poser des animaux sauvages et des arbres. Quant à la prétendue originalité de sa méthode - prendre des photos depuis un même endroit - d’autres l’avaient fait bien avant lui, comme le grand Joseph Sudek il y a plus de soixante ans avec sa célèbre série Fenêtre de mon atelier (1940-1954). Durant plus de dix ans, celui-ci photographia le jardin de son studio pragois du même point de vue, avec pour seul filtre la vitre de sa fenêtre. Dans son cas, on pouvait vraiment parler d’art. Ses tirages font partie des collections de nombreux musées. En France, le Centre Pompidou en possède plusieurs.

JPG - 108 ko
Ahae Versailles, dans l’Orangerie

La simplicité des prises de vue d’Ahae, que même les organisateurs de ses expos reconnaissent, jusqu’à parler, pour certains, de photos prises quasi au hasard [8], révélerait l’« extraordinaire dans l’ordinaire ». Par son refus de manipuler l’image et par son unique sujet - la nature -, sa démarche serait même une réponse à la photographie contemporaine, jugée trop sophistiquée et, suprême reproche, à la thématique trop sociale [9]. Honnêteté et simplicité, deux qualités qui caractérisent Ahae, auraient, hélas, déserté le monde de l’art... Lui ferait partie des « “vrais” artistes » (sic). C’est ce qu’explique le plus sérieusement du monde son site web, dans un texte de présentation citant une interview de Milan Knížák. Ex-directeur plus que controversé de la Galerie nationale de Prague qui, en dix ans de mandat, aura surtout réussi à se mettre à dos pas mal d’artistes, vis-à-vis d’Ahae, celui-ci n’hésite pas à parler de « miracle » devant une oeuvre qualifiée de « so simple, so beautiful and so perfect » [10]. So modeste aussi. Ahae en a fait son slogan, elle accueille l’internaute sur son site. Son message est tellement louable qu’il faudrait donc faire abstraction de la pauvreté plastique de sa production : la nature est belle, il faut la protéger, ouvrez les yeux avant qu’il ne soit trop tard.

UN MINCE TALENT AVEC D’ÉNORMES MOYENS
D’Ahae, personne n’avait jamais entendu parlé avant 2011, quand des expos de son « oeuvre » fleurirent aux quatre coins du monde, montées avec d’énormes moyens de production et de communication, sous la houlette de son fils, Keith H. Yoo (de son vrai nom Hyuk Kee Yoo), quadragénaire vivant aux Etats-Unis qui se serait installé depuis peu à Paris. La fortune permet tout : appel à des scénographes de renom (Guy Oliver, Charles Matz), textes écrits par des personnes éminentes, tirages numériques hors-normes, campagnes de communication maousse par des agences en vue, inaugurations avec personnalités et politiques, éditions de luxe et même commande de musique à Michael Nyman...

La première expo Ahae eut lieu à New York, une semaine de mai 2011, au Vanderbilt Hall du Grand Central Terminal, une gare aux allures de monument historique qui loue cet espace majestueux pour des événements. Sponsorisée par plusieurs sociétés liées au businessman-artiste, elle fut organisée par le Hemato-Centric Life Institute que son fils Keith H. Yoo préside [11]. Rien à voir avec l’art. Fondé en 2010, c’est un organisme de recherche scientifique à but non lucratif « sur l’importance du sang et de sa relation avec la santé » dans le but de promouvoir une vie plus saine dans laquelle le thé vert tient une place de choix, démarche présentée comme aussi révolutionnaire qu’une découverte de Galilée. D’autres expos suivirent, dans des lieux toujours en vue - Prague, Londres, Moscou, Florence, Venise -, associant le nom de l’artiste aux plus grands, confirmant une certaine propension à la mégalomanie (du fils ou du père) : au Prince de Galles, en acceptant (agreed dans le texte) d’exposer 5 jours dans ses jardins de Clarence House ouverts l’été au public, ou à Alphonse Mucha en exposant, à Prague, dans le hall de la Galerie nationale où aucun artiste vivant n’avait eu cet honneur depuis l’icône nationale de la République tchèque.

Une société commerciale, AHAE PRESS INC., fut créée à New York (probablement par le fils) avec des filiales à l’étranger, la société déposant, sans aucun rapport avec son objet, la marque de thé Tea of teas [12]. Partout, la presse bienveillante fait la promotion de l’événement sans jamais être très curieuse.

VIDÉO OFFICIELLE / PRÉSENTATION DES EXPOSITIONS D’AHAE

En France, on entendit parler pour la première fois d’Ahae (père) en mai 2012 car la société AHAE PRESS INC. racheta aux enchères 520 000 euros le hameau abandonné de Courbefy (Haute-Vienne), pour mener un projet « environnemental, artistique et culturel » sans que « l’artiste » ne se soit jamais rendu sur place, ni ne soit jamais exprimé publiquement. Un raffut médiatique international qui précéda d’un mois sa première exposition à Paris, non pas au musée du Louvre comme peut le faire croire son site et comme on le lit dans la presse étrangère, mais dans les Jardins des Tuileries qui lui sont administrativement rattachées. On y construisit un pavillon de 1000m2 pour l’accueillir. Dans le livre à 200 euros qui parut à cette occasion aux éditions Assouline, Henri Loyrette, conservateur, historien de l’art et encore président du premier musée du monde, signa une préface extasiée, l’extraordinaire dans l’ordinaire c’est de lui. Ahae pouvait-il rêver meilleur VRP ? A Télérama, on aima et maintenant encore, « on aime passionnément ».

DES EXPO-PRIVATISATIONS EN FORME D’AUTOCÉLÉBRATION
Bien naïfs ceux qui croient que de grandes institutions culturelles exposent un quasi inconnu pour son prétendu talent, ce qui, pour le Louvre ou Versailles, n’est, à notre connaissance, jamais arrivé. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment dans leurs missions de soutenir les créateurs débutants, même âgés et milliardaires [13]. Le plus souvent gratuites pour le public, ces événements sont en réalité de fastueuses privatisations. « Nous finançons tout avec l’argent de nos différentes sociétés », déclara le fils à un média français, poursuivant : « Nous ne sommes pas intéressés par les pressions extérieures et souhaitons jouir d’une totale liberté » (A Nous Paris, 25 juin 2012). Le contraire d’une authentique carrière d’artiste qui se construit progressivement par des soutiens extérieurs, des critiques et éventuellement des obstacles. Là, c’est le renom de lieux prestigieux payés cash par « l’artiste » le temps d’une exposition, qui rejaillit sur son oeuvre et lui donne une valeur que, sans leur concours et sans les moyens déployés pour la valoriser, elle n’aurait probablement pas. Quant aux éloges des patrons des musées hôtes, quel crédit leur accorder quand ils sont pondus pour un mécène-client à million d’euros ? Ce faisant, ne décrédibilisent-ils pas la parole d’expert que leur confère leur titre (pas leur compétence car parfois ils n’en ont pas) et l’institution qu’ils sont censés servir et, au bout du compte, le plus grave, n’est-ce pas le visiteur qu’on abuse ? Car le mélange des genres est total.

DANS LE JARDIN DES TUILERIES
Que diable Anne-Marie Garcia est allée faire dans cette galère ? Docteur ès-lettres, conservatrice de la photographie à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris depuis 1993, elle est responsable de son fonds photographique depuis 2010. Elle a participé au commissariat de nombreuses expositions passionnantes (L’Ecole de la liberté : être artiste à Paris, 1648-1817 en 2009, Dieux et Mortels en 2005-2006...) et a été la commissaire de L’arbre et le photographe en 2012. Pour Ahae, elle a signé un texte que l’on retrouve depuis l’exposition des Tuileries, avec des variations, dans différentes publications le concernant et répond aux sollicitations des médias comme ici. D’une grande érudition, elle évite cependant d’aborder la question de la qualité des photos d’Ahae pour n’évoquer que sa méthode qu’elle rattache aux pionniers de la photographie. N’est-ce pas lui faire trop d’honneur ?

Quelle était la nature exacte de l’exposition privatisée des Tuileries, opération produite par la société AHAE PRESS FRANCE ? Location d’espaces, contrepartie de mécénat... on l’ignore et le public n’avait que peu d’éléments pour le deviner. Toujours est-il qu’en 2012, le mécène et « entrepreneur et artiste coréen Ahae » a fait don de 1,1 million d’euros à l’établissement public du Louvre, versé à son fonds de dotation [14]. La préface d’Henri Loyrette sonne bien alors comme un remerciement. Le même qui, prêt à quitter ses fonctions au Louvre, disait qu’« on peut être inventif (...) sans vendre son âme » et qu’un mécène n’intervient jamais dans la programmation : « On définit un projet puis on le propose à un mécène, qui l’accepte ou pas. C’est toujours dans ce sens que ça fonctionne. », déclarait-il au Monde (21 mars 2013) [15].

Une location d’espaces, c’est bien le cas au Château de Versailles (sans que le public en soit non plus nullement informé), comme l’a reconnu explicitement sa présidente Catherine Pégard : « Toutes nos manifestations sont mécénées. Cette fois-ci, l’artiste a lui-même souhaité louer l’Orangerie », a-t-elle déclaré à Libération (8 août 2013) [16]. Ce qui donne cette incongruité que, dans ses propres murs, un établissement public soutient un événement privé, comme on peut le lire sur un panneau à l’entrée en guise de signature : « AHAE.com avec le soutien du château de Versailles ». Normalement, c’est le contraire. C’était la même dans le jardin des Tuileries, par le musée du Louvre.

Suivant l’exemple d’Henri Loyrette et le citant comme une autorité, Catherine Pégard, avec sa fine plume d’ex-journaliste, n’hésite pas à chanter à son tour les louanges du grand photographe, texte aussitôt exploité et posté sur le site de l’artiste. La présidente y parle avec lyrisme d’« instant qui se confond avec l’éternité », et rattachant tant bien que mal la présence d’Ahae à Versailles au 400ème anniversaire de la naissance d’André Le Nôtre, en fait son « antithèse ».

Pendant ce temps, au Grand Trianon, à l’autre bout du domaine, l’exposition Fleurs du roi, directement liée à la célébration du grand paysagiste doit se contenter d’une malheureuse salle, plus quelques tableaux. Mais combien les Ahae père & fils ont-ils payé pour occuper le si gigantesque espace de l’Orangerie ? « Nous ne communiquons jamais de chiffres, c’est la règle ! » répond dans Libé la présidente d’un établissement pourtant public, soudain moins bavarde. Une fortune sans doute.

Les moyens déployés pour l’expo Ahae Versailles sont impressionnants : campagne publicitaire inondant métros et bus depuis des semaines ; location de l’Orangerie durant deux mois et demi (avec ouverture au public tous les jours de 10h à 18h, y compris le lundi jour de fermeture du château, et les soirs des Grandes Eaux Nocturnes) ; dîner de gala d’inauguration concocté par le chef cuisinier Jean-Louis Nomicos, avec feu d’artifice final, en présence « d’hommes d’affaires, de courtisans, de gens venus d’on ne sait où, de la mère de Carla Bruni, des ambassadeurs d’Angleterre, d’Italie, d’Autriche » comme l’a signalé Bertrand de Saint-Vincent dans son billet mondain du Figaro (25 juin 2013) ; selon nos sources, location de l’Opéra royal pour une soirée privée de clôture le 8 septembre, avec des musiciens vedettes en invités (rajouté le 11 septembre) ; scénographie (sous caméras de surveillance) et éclairage soignés ; tirages de moyens et très grand format (dont un de 5 mètres de haut sur 12,5 de large !) ; musique douce en fond sonore ; beaux bancs de bois pour s’asseoir ; cartes de visite à disposition sur présentoir, reproduisant plusieurs photos couleurs d’Ahae ; livres d’or imprimés au nom de l’artiste où il ne fait pas bon émettre une critique [17] ; personnel d’accueil en costume sombre plus nombreux au mètre carré que partout ailleurs dans le domaine (qui souffre cruellement de sous-effectif) employé, non par le château, mais par l’agence Florence Doré, l’une des plus classes de Paris. Ces jolies-jeunes-filles et mignons-jeunes-hommes, étroitement encadrés et très avenants, sont tenus à un discours totalement formaté.

La présidente du domaine semble se justifier quand elle dit, concernant un espace magnifique : « Notre politique actuelle est de montrer le maximum de pièces (sic), l’Orangerie en fait partie et c’est un chef d’oeuvre !" (Libé). C’est sûr qu’elle réalise là un bon coup : Versailles récolte de l’argent et un lieu habituellement fermé est ouvert au public. L’expo privée d’un milliardaire artiste amateur serait donc la condition pour rendre accessible un élément insigne du patrimoine que, dit en passant, elle cache en partie ? Faire passer pour un grand artiste quelqu’un qui n’est en réalité qu’une source de revenus, on voit plutôt là le signe de la lente dérive éthique de nos grands musées, prêts à toutes les compromissions, sous prétexte de manque de fonds.

UNE DÉMARCHE DÉSINTÉRESSÉE... À DIMENSION COMMERCIALE
Reste à rappeler, ce que quasi personne ne fait, encore moins Mme Pégard, qu’Ahae est également le mécène unique du bosquet du Théâtre-d’Eau actuellement en recréation dans le domaine de Versailles, à hauteur de 1,4 million d’euros (Libé, 27.03.13) [4,1M€ + 780.000 pour la restauration du bassin des Enfants dorés, selon le rapport d’activité 2012 du Château de Versailles] [18]. Dès lors, comme pour le Louvre, comment ne pas s’interroger sur la légalité de situations où un mécène qui bénéficie d’avantages fiscaux pour un acte censé être philanthropique, se voit autorisé à faire la promotion de ses propres productions dans des lieux qui les (sur)valorisent artistiquement et économiquement, comme le reconnaît le fils lui-même, tout en niant la recherche de spéculation [19].

De plus, la manifestation génère bien directement du profit car, si elle est gratuite pour le public, elle s’accompagne d’un espace de vente de produits dérivés particulièrement fourni qui contraste avec un projet présenté comme désintéressé à forte dimension écologique : cartes postales à l’unité ou en coffret, reproductions en moyen format, posters, livres (y compris de poésie parce qu’Ahae est aussi poète), blocs papier, marque-pages, carnets de note, tapis de souris, magnets, puzzles, imprimés sur tissus, éventails, ombrelles, mugs, sous-verres, miroirs etc [20]. Boutique sur les lieux d’exposition (à qui reviendraient peut-être un pourcentage, ce serait le minimum) et sur le site Internet Ahae.com [21] Signe de plus de mégalomanie ou recherche de profit ? C’est en tout cas une part du chiffre d’affaires de plus de 7 millions d’euros de AHAE PRESS FRANCE pour la seule année 2012. A quelle hauteur ? Difficile à dire car la société a refacturé le coût du montage d’une exposition à la société mère dans le cadre d’un contrat de services mais une partie provient bien de la vente de produits dérivés. Et la boutique est bien là.

Une dimension commerciale qu’une rare journaliste italienne avait pointé du doigt, lors de l’exposition à Florence, évoquant « une vraie “multinationale” » (« una vera “multinazionale” »). Quelques blogueurs français, pourtant séduits par les photos d’Ahae, ont eux aussi été choqués : « C’est à voir. C’est gratuit. Mais attention à la sortie. Une boutique spécifique avec moults objets dérivés est là. De la carte postale (2,5 € quand même - ndlr : 3€ à Versailles ) au bel album de photos en passant par des sous-verres, des posters, des tapis de souris, des presse-papier, et aussi … des chocolats, du thé… Signés Ahae press. La nature oui, mais aussi le business. », notait aux Tuileries porouj.wordpress.com (29 juin 2012) [22]. Quant aux magazines spécialisés en art (en théorie), ils sortent des hors-séries Ahae comme pour une expo Monet ou Dali : Connaissances des arts en 2012, Beaux-Arts Magazine en 2013, qui « revient en détail sur la technique de l’artiste et sur les chefs-d’œuvre de l’exposition », numéro préfacé par Catherine Pégard et Thomas Schlesser, rédacteur en chef qui en fait oublier qu’il est docteur en histoire de l’art. Tout le monde veut sa part du gâteau. « Magique » conclut la présidente de Versailles dans son mot de présentation. Cynique, plutôt.

:: Bernard Hasquenoph | 29/08/2013 | 08:20 | 18 commentaires

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EN COMPLÉMENT

L’exposition AHAE. Fenêtre sur l’extraordinaire a lieu jusqu’au 9 septembre 2013.
Infos pratiques sur www.chateauversailles.fr.

AU CHÂTEAU DE VERSAILLES


VOS COMMENTAIRES


pquea, le 28/08/2014, à 00:47 |

Votre article est super intéressant.

Je partage votre point de vue sur le fait qu’il a été un artiste sur estimé, mais le problème pour des personnes qui n’ont pas toujours accès à de vraies galeries de photographes ou à la culture artistique en général, c’était peut être la première fois qu’on voyait ce genre de photographie, cette exposition était abordable par sa localisation et son entrée libre. J’avoue avoir admiré son travail, car je n’ai jamais vu de photos de Joseph Sudek ni le Festival international de la photo animalière pour vous citer. Je sors du lycée et je suis étudiante en médecine et j’essaie de m’intéresser à l’art en parcourant les expositions, payantes aussi du Centre Pompidou, Musée d’Orsay, MEP etc. ce qui m’a le plus bouleversé quand j’ai lu l’article du magazine Beaux Arts puis le votre c’est que je me suis laissée trompée et j’ai apprécié quelque chose pas à sa juste valeur, j’essaie d’apprendre mais la « bonne » culture n’est pas accessible et ça me désole. Quand je lis les commentaires de personnes qui disent reconnaître d’un coup d’œil les photographies médiocres, j’aimerais être à leur place mais j’espère ne pas à avoir à faire une école d’art pour cela.

Je souhaitais juste partager mon ressenti assez fréquent, je ne sais pas si je m’adresse à la bonne personne pour cela.

Bernard Hasquenoph / Louvre pour tous, le 28/08/2014, à 15:27 |

Merci pquea pour votre message. Je comprends tout à fait votre malaise. La responsabilité revient aux présidents de ces établissements qui ont « accueilli » les expos Ahae, faisant outrancièrement l’éloge de ses photos, leur conférant une valeur qu’elles ne méritaient pas. Depuis l’affaire du Sewol, des professionnels l’ont reconnu. En cela, ils ont abusé les visiteurs et c’est particulièrement grave. En même temps, il faut reconnaitre que l’équipe d’Ahae Press, en payant de grands professionnels pour la présentation de ces photos, a su les magnifier. Mais j’ai tendance à penser qu’avec de tels moyens, ce serait le cas pour beaucoup de photos « amateures ». Sur Paris, pour découvrir la photo sans vous ruiner, vous pouvez aller à la Maison européenne de la photographie que vous avez citée dont l’entrée est gratuite pour tout le monde, tous les mercredi de 17h à 20h ce que beaucoup ignorent. Le Jeu de Paume propose également des plages horaires de gratuité pour les étudiants et les moins de 25 ans. Il est intéressant aussi de se rendre à la foire Paris Photo au Grand Palais, l’entrée y est chère mais c’est une fois l’an. On y découvre la grande diversité de ce qui se fait dans ce bel art. Merci à vous et bonnes visites :)


Yun lis, le 10/06/2014, à 22:34 |

Avec l.argent, on achète tout..y compris la conscience des gens...la honte a ces experts français qui ont vendu leur âmes..


key, le 2/05/2014, à 12:56 |

Contrairement à l’avis de certaines personnes, je suis persuadée que les deux institutions publiques françaises en question ne sont pas du tout de naïfs victimes de l’escroc, ’magicien tout puissant de l’Orient’, mais ses collaboratrices vénales, ce qui est véritablement scandaleux et malheureux pour les citoyens français. Les prestiges qu’elles ont echangés contre l’argent douteux seraient exploités à merveille par YOO pour qu’il fasse de nouveaux victimes en Corée ou ailleurs.

Le logo d’Ahae est toujours affiché sur une page du site officiel du château de Versailles. Cela me bouleverse, oui, vraiment.


Mt. Christus, le 2/05/2014, à 03:57 |

La plus grande des institutions françaises a été escroqué par un charlatan rusé de l’orient ! Yoo est un imposteur pathologique d’un cas de psychose si grave qu’il trompe ses alliés les plus proches, et même ses propres enfants avec des promesses de l’honneur et de la prospérité. Il a commencé par tromper gens d’église humbles concernant son zèle pour l’Evangile, la conversion de leur foi à un culte de la personnalité et de leurs fonds à sham entreprises. Son point culminant trompait le monde de l’art de son génie créatif, convertir son personnage dans un monde de l’art débutant exotique. Sa finale sera de devenir une exposition permanente dans les salles froides, humides de pénitencier coréen.

Bernard Hasquenoph / Louvre pour tous, le 2/05/2014, à 07:49 |

Le rôle d’une grande institution culturelle est de ne pas accepter de l’argent de n’importe qui, fut-il milliardaire, de se renseigner sur l’identité du donateur - j’ai bien réussi à le faire, sans moyens, et ce que j’ai découvert le rendait déjà suspect - et surtout de ne pas faire passer auprès du public, un amateur pour un grand artiste. Là aussi est le scandale.


Sophie, le 23/04/2014, à 23:25 |

Il est le gourou d’hérésie en Corée. Scandaleux de le voir faire marcher les français.


philgreg, le 23/04/2014, à 21:49 |

YOO Byung Eun refait parler de lui mais dans un tout autre registre que celui de la photographie artistique. Il n’est autre que le propriétaire de la société Cheonghaejin Marine à laquelle appartient le ferry Sewol qui a chaviré et coulé au large de Jindo avec a son bord 475 personnes principalement de jeunes lycéens. M. YOO, suite à ce drame fait l’objet d’une enquête pour fraude fiscale et transactions financières illégales.


marie-helene, le 28/11/2013, à 19:49 |

C’était lamentable, donc...heureusement qu’il y a des gens éclairés pour dire aux pauvres sots que nous sommes ce qu’il convient de trouver beau, à quoi, à quels sujets doit se conformer une photo pour être considérée comme artistique...Désolée d’être aussi primaire, mais les photos m’ont émerveillée, et je ne suis pas la seule. C’est un milliardaire ? Il a de l’argent ? Et alors ? Je souhaiterais voir les réalisations de ceux qui le considèrent comme un « médiocre amateur »...En tous cas, je trouve toutes ces observations empreintes de condescendance et de mépris pour les niais que les photos ont enchantés. Et je continuerai à les aimer malgré vos prescriptions...ou justement à cause d’elles...


Romain, le 8/09/2013, à 01:01 |

Lamentable exposition en effet.

Et dire qu’elle est validée par les officiels.

AHAE ou la grande merditude de la photographie.


jaly, le 3/09/2013, à 16:17 |

C’est trop bête, je suis passée à Versailles, il y à peu de temps. Je n’ai même pas vu cela ;trop tard.Dommage. Les musiques des vidéos sont belles. De toutes façons, soit il faut inventer un autre truc quand on fait le touriste ici ou ailleurs soit on ne veut pas voir dans quel monde nous vivons ; vous avez dit 21ème what else ?


Lionel, le 2/09/2013, à 19:08 |

Bah ça n’est pas neuf du tout : dans les années 70 Olivier Dassault (petit-fils de Marcel) faisait le tour du Paris branché avec ses « oeuvres » photographiques... Au vu desdites oeuvres nul doute que c’est le nom de famille de cet individu et la fortune de grand-papa qui lui ouvraient toutes les portes.

Ensuite Olivier a sagement choisi d’aller manger dans la gamelle étatique en devenant homme politique. Les méchantes langues diront que Sainte-Véronique (patronnesse des photographes) a alors poussé un « ouf ! » de soulagement...

Si Giscard avait été ré-élu en 1981, qui sait peut-être aurions-nous eu cette année une expo conjointe Ahae/Dassault ? ;-)


ChipsAuCrabe, le 2/09/2013, à 16:57 |

C’est absolument consternant...


Chloé Allichamps, le 31/08/2013, à 20:03 |

Bravo pour l’information,mais il faudrait continuer à dévoiler les dessous de l’art ! A ma connaissance, tous les articles critiques dans Artension, Beaux-arts Mag etc.. sont payants. Et on pourrait s’interroger sur les commandes de l’état : combien de tableaux Buren a-t-il donnés et à qui pour obtenir la commande au Palais Royal, etc etc..A quel prix Beaubourg (et autres) achète-t-il les oeuvres ? à ma connaissance, le prix est toujours secret..Et le 1%, .. Bon courage dans vos investigations. Cordialement.


Michael McCarthy, le 30/08/2013, à 14:47 | http://www.ateliervagabond.com/blog

Merci pour toutes ces recherches sur le mystère d’Ahae. J’avais écrit moi-même un petit billet sur son expo aux Tuileries (en anglais). C’était clair, vu le niveau du travail, qu’il avait payé une somme importante au Louvre pour pouvoir s’approprier le nom du Louvre (et maintenant Versailles) pour son expo. J’avais même remarqué avec étonnement les belles paroles de ces soit-disant experts du monde de l’art mais je n’avais aucune idée de l’étendu de la corruption. En tant qu’artiste ça me met hors de moi d’entendre de telles histoires.


Murièle, le 30/08/2013, à 13:57 | http://www.murielecamac.blogspot.fr/

Ah merci, merci, vous répondez à la question que je me répétais, stupéfaite, en visitant l’expo des Tuileries : mais combien ce médiocre amateur a-t-il payé pour se retrouver ici ?? Le coup du prédicateur évangéliste, ça, par contre, je ne l’avais pas vu venir ! C’est vraiment la cerise sur le gâteau. Vous n’en parlez pas mais je le dis ici : sa « poésie » est encore plus insignifiante que ses photos (et je ne pense pas que la traduction soit seule en cause).


sebastien, le 29/08/2013, à 10:06 |

Merci pour cet article, Louvrepourtous toujours aussi excellent. Que disait le commentaire que vous aviez laissez dans le livre d’or ?

Bernard Hasquenoph / Louvre pour tous, le 29/08/2013, à 10:20 |

Merci. De mémoire, quelque chose comme « Combien Ahae a payé pour être là ? » mais je ne me souviens plus précisément.


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NOTES

[1] A ne pas confondre avec un homonyme musicien né en 1952.

[2] 52 (pour EMG) & 56 (pour Ahae Press) Babbitt Road, Bedford Hills, NY. Le 52 est aussi l’adresse new-yorkaise du Bear Family Green Club lié également à Ahae (voir plus loin, note 3). On trouve, sur le Net, une annonce de location du 52 dont les photos montrent qu’il s’agit des bureaux américains du fabricant de chocolats Debauve et Gallais pour lequel le fils d’Ahae a travaillé comme directeur, société officiellement domiciliée au n°56, ce qui laisse à penser que les deux numéros ne font qu’un. A partir de 2010, l’adresse de EMG communiquée à l’administration est : 25 Hubbels DR., Mount Kisco, NY ; pas très loin de l’adresse publique de Ahae Press : 333 N. Bedford Road, Suite 155, Mount Kisco, NY.

[3] Michael Ham, directeur général de Ahae Press et vice-président de Highland Springs Resort / co-directeur d’Evangelical Media Group (EMG) ; Sang Su Lee, directeur de Ahae Products (produits dérivés) / représentant d’EMG ; Dong-Yeon Moon, co-directeur d’EMG / co-directeur et expert (cardiologue) du Hemato-Centric Life Institute présidé par Keith H. Yoo, fils d’Ahae (voir plus loin) ; Pauline Huntington, co-directrice d’EMG / experte (Children’s Education and Nature) du Hemato-Centric Life Institute, présidente du Bear Family Green Club, organisme d’éducation lié à Highland Springs Resort. Même si nous ne possédons pas la preuve formelle qu’il s’agit là des mêmes personnes, difficile d’imaginer être en présence d’autant d’homonymes.

[4] Citations traduites par nos soins.

[5] Voir en pied de page du site www.ebcworld.org le copyright « The Evangelical Baptist Church ». Nous avons réussi à dénicher ce site, uniquement en coréen, grâce à un texte en anglais plutôt critique, qui le signale comme étant celui de l’organisation que dirigeait le “Pasteur” Byung Eun Yoo, successeur du Pasteur Shin-Chan Kwon décédé (on retrouve un S.C. Kwon sur le site god.com, auteur de The Bible Is True, livre présent également sur le site ebcworld). B.E. Yoo y est également présenté comme le co-fondateur d’un mouvement lié à l’environnement, « The Green Club », nom et objet se rapprochant de l’organisme déjà cité, le Bear Family Green Club, lui-même relié au Highland Springs Resort. La formation religieuse de Byung Eun Yoo, orthographié Yu, est racontée sur le site de l’Eglise coréenne de la Mission Bonne Nouvelle (Good News Mission).

[6] Dans le flot d’avis de blogueurs subjugués par les photos d’Ahae, à croire qu’ils n’ont jamais vu de photos de nature, on a trouvé quelques rares critiques ou réserves, comme celle-ci qui nous semble plus objective :
« AHAE : un bon photographe, pas un artiste - Néanmoins, de jolies images ne suffisent pas à faire d’AHAE un artiste. Ses photos sont de bonnes qualités car il a les meilleurs équipements mais ses sujets et ses compositions photographiques sont très plates, plus proche du reportage et du documentaire que de l’art. Les visuels peuvent impressionner par leur grande taille mais ne provoque aucun sentiment chez le visiteur. », Constance Jacquot, avis-culture.blogspot.fr, 4 août 2013.
• Autre critique, en demi-teinte : « Les photos sont classées par thème : les oiseaux, les animaux, l’eau, les nuages. Les photos sont belles, charmantes, mais la profusion d’oeuvre est un peu étouffante et si Ahaé est un excellent photographe, il n’est peut-être pas un grand photographe. Il a le temps et les moyens de faire plus de deux millions de clichés, d’exposer à ses frais dans des lieux prestigieux (le jardin des Tuileries, Versailles, Moscou, Prague, Kew gardens à Londres, Florence et Venise, Grand central terminal à New-York) et de distribuer des cartes de visite illustrées. Les expositions sont toujours gratuites mais les visiteurs n’hésitent pas à acheter des posters, des catalogues ou des tirages de ses photos très séduisantes. », archeologue.over-blog.com, août 2013.
• [Rajouté le 1er septembre] Autre critique, en anglais, datant de l’expo aux Tuileries, particulièrement intéressante puisqu’émanant de Michael McCarthy, artiste-photographe lui-même (Galerie Duboys) et enseignant en photographie, dont on comprend d’autant plus la réaction : « As an artist and photographer seeing such a media and marketing blitz for an unknown, relatively inexperienced but wealthy photographer such as Ahae inevitably leaves a bitter taste. Knowing that there are so many young (and not so young artists) who have worked tirelessly and with passion to develop their own powerful work without managing to successfully break into the art world it can feel as the rich businessman was able to step to the front of the line to show work that is ultimately not special in any way. », www.ateliervagabond.com, 28 octobre 2012.

[7] Lu dans son texte de présentation, sur son site : « The result is an “organic” image of the changing scenes of nature outside Ahae’s window in photographs that present very direct and frank views, revealed through natural light. »

[8] Le site d’Ahae reproduit un texte censé être louangeur de deux responsables du musée qui a accueilli l’exposition à Florence, dans lequel on peut lire : « Unaware of what occurs in front of the lens, but trusting to the mechanical ability of the camera the task of recording the scene and any action that happens automatically irrespective of his own volition, Ahae’s photographic activity would seem to hearken back to the original value attributed to the photographic medium as an unconscious means for recording the world around us and in this way rendering its material essentiality evident. »

[9] Il suffit de se rendre à la foire annuelle Paris Photos, au Grand Palais, pour constater la diversité de la photographie contemporaine.

[10] Dans un autre texte publié sur le site Ahae.com, Milan Knížák est encore plus radical et n’a pas de mots assez durs pour critiquer la photographie contemporaine, attaque qui rappelle celles contre l’art contemporain de ceux qui prêchent pour un retour à un prétendu vrai art.

[11] Cette première exposition, organisée par le Hemato-Centric Life Institute, fut sponsorisée par Highland Springs Resort, Bear Family Green Club (voir Grand Central Exhibition) et produite par Duggal Visual Solutions, imprimeur des photos, qui sponsorisa également la soirée de gala avec le fabricant de chocolats Debauve et Gallais pour qui travaillait Keith H. Yoo.

[12] AHAE PRESS FRANCE, créée en mars 2012, est co-présidée par Hyuk Yoo alias Keith H. Yoo et Elisabeth Yoo (qui serait la nièce d’Ahae et peut-être Elizabeth K. Yoo, avocate new-yorkaise, qui fait partie des experts du Hemato-Centric Life Institute, disparue depuis de l’organigramme). La marque de thé Tea of teas se retrouve promue sur le site du Bear Family Green Club.

[13] En 2008, sous la présidence Aillagon, le Château de Versailles a accueilli une exposition photo de Karl Lagerfeld dont le seul intérêt résidait dans la notoriété de l’auteur. En 2010, l’expo Versailles photographié (1850-2010) était hélas trop encyclopédique. On attend toujours une exposition photo digne de ce nom à Versailles, d’autant que le domaine n’a cessé d’inspirer les « vrais » photographes de tous genres (Achille Quinet, Louis Robert, Eugène Atget, Steichen, Meyer, Jahan, René Jacques, Bernard Descamps, Bruno Requillart, Deborah Turbeville...).

[14] Rapport d’activité du fonds de dotation du Louvre pour 2012.

[15] A l’exception de l’exposition Breguet en 2009, parfait contrexemple.

[16] Dans son texte de présentation, Catherine Pégard dit avoir « convié Ahae » à Versailles, après avoir rencontré le fils à l’occasion de l’exposition aux Tuileries. C’est fort possible, mais elle ne pouvait ignorer à quelles conditions cela se ferait et d’ailleurs, pour quelle autre raison l’aurait-elle fait ?.

[17] Force est de constater que les livres d’or débordent de commentaires positifs, souvent dithyrambiques. Les rares négatifs sont contre-commentés. Ainsi, celui-ci, anonyme : « Sans intérêt, à peine digne du National Geographic. Combien de visiteurs sauront que Ahae a payé le château de Versailles pour y exposer ses photos ? ». Réponse : « Ce n’est pas le château de Versailles qui est resté à sa fenêtre et qui a pris les photos ». Ou cet autre, à la signature illisible : Quelque peu déçue surtout aux vues des fantastiques critiques... J’ai décidé de ne plus jeter mes photos ratées ». A quoi il est répondu : « Une honte ce commentaire ! ». Quant au mien laissé quelques jours plus tôt, il a tout simplement disparu.

[18] Cela a inspiré Catherine Pégard dans le dossier de presse du projet : « Force permanente des symboles, évocation d’une atmosphère légère, joyeuse, enfantine, qui subsiste à la lisière du théâtre d’eau où s’amusent les huit chérubins de plomb du bassin des Enfants Dorés. Est-ce parce que son nom signifie « enfance » dans sa langue que l’artiste coréen AHAE a été immédiatement touché par les réminiscences de ce qui fut l’un des décors les plus aboutis des jardins de Versailles ? »

[19] « Même si ses clichés, au fur et à mesure des expositions, acquièrent une valeur certaine, la spéculation ne nous intéresse pas », Keith H. Yoo, A Nous Paris, 25 juin 2012. Il semblerait cependant que lors de la première exposition de New York, les photos aient été en vente. Cela rappelle en apparence la polémique sur la question de la valorisation d’oeuvres d’artistes contemporains du fait d’être exposés à Versailles (Jeff Koons, Murakami, etc), ce qui est une réalité, à la différence qu’ils existaient avant sur le marché de l’art, étaient reconnus par la critique et les institutions, et qu’ils n’avaient pas loué le lieu.

[20] C’est sur un support aussi basique qu’un tapis de souris qu’on réalise la pauvreté artistique des photos d’Ahae (voir diaporama).

[21] Pour l’exposition aux Tuileries, un article du site www.artdaily.org indiquait qu’un pourcentage était reversé à « the Louvre’s foundation », info retrouvée nulle part ailleurs.

[22] Et aussi : « L’entrée est gratuite et on s’étonne d’un tel cadeau qui ouvre vraiment à tous l’accès à la nature, magnifiée par l’oeil de l’artiste. Pour autant, à la sortie, les produits dérivés rappellent que notre japonais ne perd pas le nord, n’oublions pas qu’il est propriétaire de la société new-yorkaise Ahae Press Inc !! », http://lepetitrenaudon.blogspot.fr (30 juillet 2012).



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