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Jeff Koons Versailles, le Off

Bernard Hasquenoph |

Louvre pour tous | 18/12/2008 | 21:50 |


Le château de Versailles, en exposant des oeuvres contemporaines, crée l’événement artistique. Orchestré comme un show marketing, son seul but est d’augmenter la fréquentation du site. Par tous les moyens...

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Koons et Aillagon © Louvre pour tous

18.12.08 | QUE VERSAILLES ou tout autre site historique se frotte à l’art contemporain, comme c’est le cas actuellement avec l’exposition Jeff Koons, n’a en soi rien de choquant. Le concept peut même s’avérer détonant et pertinent, pour peu qu’il y ait réellement dialogue et non simple juxtaposition ce qui est hélas bien souvent le cas. Seul le caractère imposé, la systématisation et la généralisation du principe dans nombre de musées d’art ancien nous semble tout autant ridicule que contestable, et n’est pas sans poser un certain nombre de questions dans sa mise en application.


L’ORIGINE D’UNE EXPO
Pour justifier l’ampleur donnée cette année à la cinquième édition de VERSAILLES OFF qui présente durant plus de trois mois les oeuvres de Jeff Koons, « star mondiale de l’art contemporain » [1], Jean-Jacques Aillagon, président de l’établissement, prétend officiellement s’appuyer sur le succès populaire des éditions précédentes. Pourtant il s’agissait à chaque fois d’événements suffisamment rares pour justifier ces chiffres de fréquentation élevés : découvrir Versailles dans des conditions inhabituelles, en nocturne, le temps de deux soirées et gratuitement [2]. En déduire un engouement massif des visiteurs pour l’art contemporain à Versailles sent l’intox à plein nez [3].

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Versailles © Louvre pour tous

D’ailleurs, le même Aillagon donne une toute autre version dans une interview au Figaro : « Quand, l’année dernière, on a fait le bilan de Versailles Off qui invite des artistes à présenter leurs œuvres dans divers espaces du château, son commissaire Laurent Le Bon trouvait l’effort déployé disproportionné par rapport à sa durée. Il m’a proposé qu’à partir de 2008, on invite plus longtemps un seul artiste avec un large choix d’œuvres existantes » [4]. Très vite, le nom de Jeff Koons s’est imposé. Pour J.-J. Aillagon, outre sa « notoriété absolue » à la hauteur de la célébrité du lieu, son esthétique « popobaroque »(sic) s’alliait parfaitement à celle du château [5].

En fait, peu importe l’adhésion du public puisque, le plus souvent pour ne pas dire toujours, l’irruption de l’art contemporain dans les sites historiques lui est non proposée mais imposée. Exposition temporaire intégrée aux collections permanentes avec plus ou moins de discrétion, sa visite est comprise dans le billet d’entrée, ce qui la rend de fait inévitable [6]. On peut alors comprendre l’irritation de certains visiteurs, venus parfois de loin pour admirer un site exceptionnel comme ici Versailles, face à des oeuvres qui manifestement les insupportent et parasitent leur vision, quoiqu’en dise J.-J. Aillagon [7]. Chacun ses goûts, non ? Etrange pratique pour un musée public que la visite forcée quand bien même serait louable l’intention de vouloir faire découvrir au plus grand nombre la création d’aujourd’hui.

Puisque les deux sont mêlés, bien malin ensuite de déduire des chiffres généraux de fréquentation du site ancien, le nombre de visiteurs venus spécialement pour l’installation contemporaine, leur taux de satisfaction et celui d’adhésion à l’initiative de tous les autres. Sans aucune enquête menée, c’est ce que n’hésite pourtant pas à faire, triomphante, la direction de Versailles quand, au bout d’un mois et demi, elle annonce 250 000 visiteurs. Devant cette fréquentation qualifiée d’exceptionnelle, tout en refusant de donner les chiffres comparatifs de l’année précédente, elle annonce la prolongation de l’exposition de trois semaines. Le chiffre est repris par nombre de journaux comme concernant la seule exposition Koons quand il s’agit en réalité de la fréquentation du circuit de visite général du château. Début décembre, de la même manière, circule le chiffre de 500 000 visiteurs [8]. Opération com’ réussie. 100% intox.
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VERSALIA PROPAGANDA
Affirmer que l’exposition Jeff Koons Versailles est un succès populaire, c’est l’attitude dogmatique qu’adopte J.-J. Aillagon dès les premiers jours. Sans aucun complexe. A quelques heures seulement de son lancement, alors que toutes les télés montrent les réactions forcément contrastées des premiers visiteurs, certaines même parfois franchement hostiles, ce dernier, en bon petit père des peuples, oppose aux « grincheux » ayant protesté publiquement contre l’exposition, la bonhomie d’un public « finalement beaucoup plus spontané, beaucoup plus joyeux », avec « beaucoup moins de préjugés » [9]. Des critiques internes alors peut-être parmi les doctes conservateurs du château ? Si peu : « Il y a eu discussion, et parfois des avis contrastés, » concède-t-il « mais, aujourd’hui, les conservateurs se sentent tous positivement concernés par l’exposition » [10] ! Pas étonnant qu’après quatre jours, il ne parle pas moins que de « succès mondial » à l’aune du « caractère universel de la revue de presse », seul critère de réussite à ses yeux [11]. Comme pour les visiteurs, la presse est pourtant loin d’être unanime, les articles les plus critiques provenant justement de l’étranger [12].

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Jean-Jacques Aillagon, Versailles, 10.09.08 © Louvre pour tous

A écouter son président atteint manifestement du syndrome du monarque absolu comme certains de ses prédécesseurs, il semblerait qu’une cloche de verre soit tombée sur l’établissement de Versailles transformé subitement en île enchantée... l’art contemporain attire les foules, c’est bien connu et sa confrontation avec l’Histoire, plus encore ! Bien sûr.

Si l’on peut s’interroger s’il y a atteinte ou non au respect du public dans le fait de lui mettre sous les yeux une exposition de gré ou de force, la mission première de sauvegarde des lieux ne s’en trouverait-elle pas elle aussi affectée ce qui serait peut-être plus grave ? Sans tomber dans le catastrophisme, la tenue d’une telle exposition ne peut pas être sans incidence sur l’entretien et la préservation d’un site. Imagine-t-on les difficultés d’acheminement et d’installation de certaines œuvres de Koons dans les pièces les plus précieuses du château, de par leur poids considérable et leur taille ? Pour exemple, « Hanging Heart », le cœur en acier chromé apparaissant comme suspendu sous une alcôve de l’escalier de la Reine, en réalité attaché à une structure métallique fixée dans le marbre, ne pèserait pas moins de deux tonnes [13] ! Les parquets du salon d’Hercule ont-ils déjà supporté un volume aussi conséquent que « Balloon Dog » qui ne doit pas peser moins ? Pour avoir recueilli la confidence, la mise en place de « Split-Rocker » au cœur de l’Orangerie, sculpture végétale géante composée de 90 000 fleurs en terre, a bouleversé l’entretien d’une collection en caisse de plus de 1000 arbres délicats, certains remontant à plus de 200 ans. Orangers et grenadiers auront vu cette année leurs soins réduits au minimum du fait des quatre mois de préparation de l’installation, de ses plus de trois mois d’exposition, puis du temps de démontage, mobilisant quinze jardiniers du domaine déjà en sous-effectif chronique [14].

Enfin l’affluence générée mécaniquement par la publicité faite autour de l’événement est-elle simplement gérable par un personnel de surveillance déjà à bout de nerfs devant des foules piétinantes comme dans des couloirs de métro - « Il y passe autant de monde qu’à Montparnasse » dixit le commissaire de l’exposition [15] - et s’amassant dans des pièces parfois exigües comme le salon de l’Abondance qui accueille le lapin oxydé « Rabbit ». Faire croître toujours plus la courbe de fréquentation, est-ce seulement souhaitable pour la préservation d’un site déjà amplement saturé toute l’année ? Dans ces conditions, comment peut-on raisonnablement faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Ahurissante propagande à la soviétique qui poussera Denis Verdier-Magneau, directeur du « développement culturel »( ?) du Château, à vouloir faire taire tout esprit critique jusque dans les rangs des guides professionnels qui arpentent quotidiennement le palais pour les touristes du monde entier dans des conditions de travail pas toujours faciles. Ceux-ci ne devaient pas tous percevoir la pertinence de la présence koonsienne dans les Appartements royaux. A coup de notes de service comminatoires (- voir document ci-dessous), ils furent sommés de répandre en toutes les langues de la terre la bonne parole officielle. En cas de propos « irrespectueux à l’égard des choix culturels » de l’établissement - en les espionnant puis en les dénonçant ? -, les voilà menacés de se voir « restreindre l’accès » des lieux, soit interdit d’exercice ou expédier « au goulag » comme le résume ironiquement le Canard Enchaîné qui révéla toute l’affaire [16] ! Qu’importe, au dire de leurs organisations professionnelles, que le procédé soit juridiquement douteux du fait de leur statut de travailleur indépendant. De mémoire de guides, jamais on n’avait tenté de les brider ainsi. Le syndicat SUD fit circuler, au nom de la liberté d’expression, une pétition de soutien parmi les personnels du château. Dès que l’information sera rendue publique et parviendra à la presse, J.-J.Aillagon se désolidarisera de son subalterne en déclarant « qu’il s’agissait pour le moins d’une maladresse de ses services et que cela ne reflétait nullement la politique de l’Etablissement Public » [17]. Bonjour l’ambiance.

Dans ce contexte, on n’ose imaginer les pressions qu’ont dû subir les salariés sous la tutelle directe de l’établissement pour rester de marbre face, selon un guide-syndicaliste, aux « nombreuses remarques négatives de visiteurs » [18]. Ce qui est sûr c’est que la direction ne donna pas suite à la demande de SUD de mettre à disposition du public un livre d’or comme cela est l’usage pour les expositions temporaires. Par peur de quoi ?

Des critiques tout aussi insupportables sur Internet que le château de Versailles tenta d’investir et d’influencer dans une inédite opération de web-marketing qui se révéla être un flop, ce que reconnut honnêtement son responsable Laurent Gaveau [19]. Celui-ci indiqua notamment avoir dû fermer un forum participatif créé spécialement pour l’événement parce que rapidement « pollué par des groupes organisés extrêmes ». Même si nous ne partageons ni les valeurs, ni les méthodes utilisées par les personnes auxquelles il fait allusion, il nous semble assez contradictoire de prétendre vouloir s’ouvrir aux internautes et d’en supprimer la possibilité face à la critique, surtout avec une modération facile des propos « injurieux » en en différant la mise en ligne comme c’est de plus en plus souvent le cas. Naïveté confondante ou cynisme achevé, Laurent Gaveau résume la situation en ces termes : « Lorsqu’on s’ouvre à la participation des publics, il y a des risques élevés de perdre la main sur le contrôle du message » [20]. On ne peut être plus clair.
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MÉGA-SHOW MARKETING
Cet intense travail de propagande externe et de mise-sous-silence interne indique suffisamment la manière dont la direction de Versailles entendait user de l’événement artistique Koons : comme d’une méga-opération de communication, ce qui du point de vue de la médiatisation globale a été une indéniable réussite.

Vendre un Versailles nouvelle tendance afin d’y attirer toujours plus de visiteurs, notamment de plus jeunes, en était le but. Qu’importe que le public apprécie ou non l’œuvre de Koons, pourvu qu’il vienne, pourrait être le mot d’ordre [21]. Son président le reconnaît d’ailleurs en déclarant viser, à travers l’organisation d’événements exceptionnels comme celui-là, à attirer de nouveaux publics, notamment franciliens [22]. But atteint au-delà des espérances quand, à la mi-novembre, la Région Ile-de-France choisira pour l’un de ses visuels l’exposition afin de promouvoir son image et renforcer son attractivité touristique auprès des « jeunes actifs adeptes des courts séjours urbains » à travers l’Europe.

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L. Le Bon, J. Koons et J.-J. Aillagon, Versailles, 10.09.08 © Louvre pour tous

Que l’exposition Koons ne soit pas réalisée directement par l’établissement culturel mais par sa filiale Spectacles en dit long sur sa nature. Laurent Brunner, directeur de cette société hybride de droit privé, ne déclarait-il pas avant l’été, vouloir multiplier événements et spectacles pour doper la fréquentation du site [23] ? Quant au président du domaine, tout en se défendant de vouloir simplement faire du chiffre, il indique néanmoins chercher à remplir un objectif annuel de fréquentation selon une prévision de croissance fixée à 5% [24]. Quand le service public culturel épouse le vocabulaire et les techniques de l’entreprise, n’est-ce pas merveilleux ?

L’événement Koons a été d’autant plus le bienvenu que la saison estivale a été particulièrement mauvaise pour l’Ile-de-France, essentiellement à cause de la désaffection des touristes américains et japonais. Le domaine de Versailles n’y a pas échappé avec une baisse de 5% pour juillet et août [25]. Ainsi inviter « un artiste d’une notoriété absolue » dans « l’un des monuments les plus célèbres du monde » entre dans une stratégie de conquête et reconquête des publics (payants), en cherchant à donner une visibilité maximum au site. Avec, au passage, une oeillade appuyée vers les mécènes du monde entier dont l’établissement a plus que jamais besoin pour continuer de briller depuis que le ministère de la Culture menace de baisser le budget des grosses institutions culturelles [26].

Créer l’événement pour « décloisonner » Versailles selon la nouvelle terminologie officielle [27], son président s’y emploie depuis sa prise de fonction en 2007 « avec passion et bravade » nous dit-on [28]. Y organiser un pique-nique républicain le 14 juillet 2008 aux couleurs de la monarchie ne manquait pas d’ironie. Accueillir en direct la populaire émission du « Fou du Roi » animée sur France Inter par Stéphane Bern, le « spécialiste des têtes couronnées », était pour le moins iconoclaste [29]. Enfin, en conviant l’hyper-people Karl Lagerfeld à exposer durant tout l’été quelques clichés avec Versailles pour modèle, sans doute misait-on sur la notoriété internationale du personnage pour attirer les visiteurs, ce qui n’a pas suffi malgré une couverture média garantie. Il faut dire que le talent du grand Kaaarl n’était pas vraiment au rendez-vous.

On comprend mieux alors l’enthousiasme presque enfantin de J.-J. Aillagon devant la déferlante médiatique qui a fait de l’événement Koons en à peine quelques semaines, « un phénomène de curiosité internationale » selon ses propres termes [30]. Tous les ingrédients n’étaient-ils pas réunis ?
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VIVE LE SCANDALE
En guise de teasing providentiel, la curiosité du public avait été attisée avant même le démarrage de l’exposition par la sur-valorisation médiatique d’un groupe d’opposants crépusculaires qui en ont assuré la meilleure des promotions - contre leur gré bien sûr - par l’excessivité de leur discours et la radicalité de leur revendication : faire interdire ni plus ni moins l’exposition qualifiée de « souillure de ce que notre patrimoine et identité ont de plus sacré » par tous les moyens, y compris juridique ce qu’elle menacera de faire par l’entremise d’un « descendant en droite ligne de Louis XIV et de Marie-Antoinette » et qui adviendra juste avant Noël [31].

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Rassemblement contre l’exposition Koons, 10.09.08 © Louvre pour tous

Si les journaux locaux avaient enflé depuis des semaines l’importance de ce groupe aux contours flous, un brin fanatique et qui semble ne se résumer qu’à quelques personnes actives [32], le président du Château avait consenti à commenter dans un grand quotidien national, trois semaines avant le début de l’exposition, chose qu’il se refusait à faire jusque là, la « lettre exaltée, à l’argumentation juridique absurde » reçue de Arnaud-Aaron Upinsky, initiateur de ce mouvement de « résistance culturelle ». Celui-ci s’y présentait « comme défenseur du droit moral de Louis XIV » mort il y a deux cent quatre-vingt-treize ans [33] ! L’article le propulsait ainsi en avant, lui donnant une importance démesurée. Pour le château et son service com’, c’était l’aiguillon idéal dans un processus de teasing publicitaire parfaitement bienvenu.

Dans la foulée, la plupart des médias, y compris étrangers, trouvant une accroche idéale en cette caricature d’opposant, utiliseront presque tous le thème du scandale pour donner du relief à leur sujet alors qu’on ne peut pas dire que la polémique ait été très vive et les protestations publiques plutôt rares [34]. Aucune levée de boucliers comme pour les affaires des « colonnes de Buren » au Palais-Royal ou de la pyramide du Louvre ! Au contraire, nombre d’observateurs s’accorderont à trouver que le bling-bling des sculptures de Jeff Koons s’accordaient finalement assez bien aux ors du palais du Roi-Soleil.

Mais plus le jour J approchait, plus à croire la presse locale, la contestation montait jusqu’à craindre une nouvelle marche sur Versailles. Si bien que le 10 septembre, jour de l’inauguration, la police fut mobilisée « pour éviter tout incident » [35]… pour un modeste rassemblement des plus pacifiques devant les grilles du château : quatre vingt personnes tout au plus annonca généreusement l’AFP dont une majorité de personnes âgées. Comme pour une manif’ syndicale, l’opération fut aussitôt qualifiée de succès par ses organisateurs.

Au château, pouvait-on rêver meilleur lancement à l’exposition que cette manifestation de traditionnalistes jusqu’au boutistes boostés par l’intérêt démesuré qu’ils avaient suscité jusque dans le TIMES [36] ? Scandale, quel scandale ? Cette contestation aura eu le double avantage de faire une publicité d’enfer à l’exposition-sacrilège et d’occulter tout débat plus mesuré sur l’opportunité de tels événements comme le déplore par exemple un Didier Rykner ne voyant, lui, dans la confrontation art ancien/art contemporain qu’un « phénomène à la mode, qui passera comme toutes les modes » [37].
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JEFF KOONS, UN CLIENT IDÉAL
La polémique plus ou moins vive que ne manque pas d’entraîner cette confrontation art contemporain/site historique, vécue comme une provocation insupportable pour certains, reste le meilleur outil de communication pour l’établissement qui l’accueille. A se demander si là n’est pas l’unique raison de la multiplication de ce type d’événements et si, dans le choix de l’artiste, le scandale n’est pas même expressément recherché.

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Jeff Koons devant le Split-Rocker, Versailles, 10.09.08 © Louvre pour tous

En donnant carte blanche à Jeff Koons, à l’aura sulfureuse depuis sa collaboration porno-artistique avec son ex-femme Ilona Staller dite La Cicciolina, actrice de films X et femme politique italienne, la direction de Versailles était à peu près certaine d’entraîner le rejet, au moins auprès d’une certaine frange de la population. D’autant plus qu’à Versailles, on s’était déjà mobilisé en 2006, lors de la troisième édition de VERSAILLES OFF, pour empêcher avec succès et quelques heurts la présentation de simples robes de mariée haute-couture Christian Lacroix au prétexte qu’elles profanaient la Chapelle royale du palais toujours consacrée dans laquelle elles étaient présentées [38]. La direction de l’établissement avait donc parfaitement conscience du sacrilège que constituerait aux yeux de certains d’oser exposer dans les pièces les plus symboliques du château ce qui, pour eux, n’est pas même de l’Art. Laurent Le Bon, commissaire de l’exposition comme des VERSAILLES OFF, le reconnaît avec légèreté : « Le choix, un brin scandaleux, des grands appartements s’est imposé... » [39].

Ca n’a pas loupé. Alors que les oeuvres exposées sont plastiquement d’une parfaite candeur et font la joie des enfants peut-être plus que des adultes - aucune des oeuvres dîtes « pornographiques » de l’artiste n’ont été présentées - les intégristes se déchaîneront malgré tout, rappelant par un curieux écho de l’Histoire la cabale des dévots contre le Tartuffe de Molière présentée à Versailles plus de trois siècles plus tôt. Ne pouvant s’en prendre aux oeuvres elles-mêmes qui ne comportaient rien d’offensant si ce n’est d’être déplacées pour certains, ils s’en prendront alors assez hypocritement aux commentaires qu’en a pu faire Jeff Koons dans la presse ou ailleurs, la moindre allusion sexuelle étant relevé. Jusqu’à pousser le ridicule en s’acharnant sur la kitchissime sculpture de bois polychrome exposée dans la Chambre de la Reine, représentant un gros bouquet de fleurs dont tout le monde s’accorde à trouver qu’elle est sans doute l’oeuvre la plus intégrée au décor fleuri qui l’entoure, au point de passer presque inaperçue. Parce que qualifiée par l’auteur de « 140 culs » ce qui est une banalité botanique, elle deviendra, pour les opposants de l’exposition sacrilège, le symbole honni.

Mais en invitant Jeff Koons, la direction de l’établissement était également assurée d’une totale compliance de l’artiste vis-à-vis des médias qui ne peuvent rêver meilleur client, lui qui, en digne héritier de Warhol, est « obsédé par l’idée d’être populaire » comme le souligne Laurent Le Bon. Il en a compris depuis longtemps toute la puissance et intégré la nécessité pour la diffusion de son oeuvre et la poursuite de son business [40].

Jeff Koons est une star et se comporte comme tel. Face aux médias, il sait parfaitement jouer son rôle. Telle une vedette de cinéma hollywoodienne, il déroule un plan de communication bien huilé, s’en écartant rarement. Devant les photographes, il prend de lui-même la pose dans une gestuelle réfléchie et répétée aux quatre coins du monde [41]. En interview, quel que soit son interlocuteur, sourire scotché aux lèvres, voix doucereuse et politesse sucrée, il tient le même discours, parfois au mot près, qu’il adapte seulement aux circonstances, calibré et dosé au millimètre. Ainsi, pour Versailles, sert-il systématiquement sa fable du Split Rocker que Louis XIV aurait pu lui commander en se réveillant un matin... lui qui, avant l’exposition, n’y avait jamais mis les pieds. Aussi lisse et opaque que les surfaces-miroirs de ses sculptures inoxydées, il délivre un message inexorablement optimiste, inodore et a-politique, souvent aussi totalement abscons, évacuant toute question liée à l’argent - « Le dialogue entre l’art et l’argent ne m’intéresse pas. » - pour n’apparaître qu’en pur artiste [42].
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AILLAGON / PINAULT, MÊME COMBAT
Des questions d’argent qui rattrapent J.-J. Aillagon qui se voit accuser de chercher à valoriser la collection d’art contemporain de l’homme d’affaires milliardaire et ami François Pinault, l’une des plus importantes au monde. Celle-ci compte près d’une vingtaine d’œuvres de Koons à forte valeur spéculative. Sur les dix-sept exposées à Versailles, six lui appartiennent dont le monumental Split-Rocker que Koons ne cesse de citer dans ses interviews [43]. Autant dire que l’exposition n’aurait pas été possible sans l’investissement personnel de F. Pinault. A cet égard, J.-J. Aillagon réussit là un coup de maître puisqu’aucune institution française n’avait réussi à monter une exposition Jeff Koons, pas même le centre Pompidou qu’il dirigea un temps [44] !

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Koons et Aillagon, Versailles, 10.09.08 © Louvre pour tous

J.-J. Aillagon n’est pas naïf, il sait parfaitement qu’exposer l’œuvre d’un artiste vivant dans un lieu comme Versailles fait automatiquement augmenter sa cote sur le marché de l’art, même si effectivement Jeff koons n’a pas franchement besoin de ce coup de pouce vu les sommets déjà atteints par ses oeuvres. Et comme le président du domaine le fait lui-même remarquer : est-ce une raison suffisante pour se priver de toute exposition quand c’est tout autant le cas avec des œuvres anciennes prêtées également par des collectionneurs privés [45] ? Certes, mais la situation n’est-elle pas différente quand l’on est personnellement lié à l’un d’eux ?

Une collusion d’intérêt loin d’être absurde au regard des liens qui unissent J.-J. Aillagon et F. Pinault depuis longtemps et du mélange public/privé qu’affectionne le premier. Au printemps 2002, le même, alors président du Centre Pompidou et pas encore ministre, remettait au même Jeff Koons la légion d’honneur au nom du président Chirac, non sous les ors de la République mais dans les locaux privés et parisiens de la maison de ventes Christie’s en présence de son propriétaire, le même François Pinault [46].

Trois ans plus tard, le ministre de la Culture évincé après le fiasco de sa gestion du dossier des intermittents est pressenti par la municipalité de Venise pour prendre la direction du Palazzo Grassi. Par une curieuse conception de la défense des intérêts français qu’on pourrait attendre de la part d’un ancien ministre de la Culture, c’est lui qui informera le milliardaire que le palais italien est en vente, alors que celui-ci est embourbé dans son projet d’installation d’un musée destiné à accueillir ses collections d’art contemporain en France [47]. François Pinault qui renonce définitivement à s’installer à Boulogne se lance alors dans l’aventure italienne, non sans grincement de dents de ce côté-ci des Alpes. Au passage, J.-J. Aillagon se retrouve critiqué de droite comme de gauche sur la gestion du dossier par l’Etat alors que lui-même était ministre pour n’avoir pas réussi à retenir sur le sol français l’une des plus prestigieuses collections d’art au monde [48]. François Pinault, une fois propriétaire du Palazzo Grassi, le conforte alors à sa place de directeur.

Quand il quittera Venise en juin 2007 pour prendre les rênes de Versailles sur nomination du nouveau président Nicolas Sarkozy, J.-J.Aillagon, confiant conserver pour l’homme d’affaires « un lien d’affection profonde », répondant à une journaliste, dira ne pas exclure d’exposer des pièces de la collection Pinault à Versailles. On cite déjà le Split-Rocker. Il annonce que parallèlement à son rôle de président de l’établissement public du château de Versailles, il continuera de siéger au conseil d’administration très restreint de l’institution privée du Palazzo Grassi ce qui n’aura l’air de ne choquer personne [49].

Avec un tel itinéraire et de telles relations, les critiques qu’il essuie alors qu’il siège toujours au C.A. du Palazzo Grassi - ce que bizarrement personne ne lui reproche - ne sont-elles pas légitimes ? Monsieur Aillagon évacue tout débat en se déclarant offensé et juge seulement « désobligeant » et injuste le procès d’intention qu’on lui fait. Point. Personne n’insiste.

Néanmoins, à partir de là, c’est comme s’il cherchait à minimiser sa relation avec son ami milliardaire et à la rendre plus discrète. Alors qu’avant cette critique, il n’hésitait pas à s’arroger la paternité du choix de Koons suite justement à une conversation avec F. Pinault [50], ce que confirme Jeff Koons dans un entretien à Paris-Match [51], c’est pour en attribuer finalement l’idée à Laurent Le Bon, co-commissaire de l’exposition. C’est ce dernier qui lui aurait « suggéré » le nom, sa complicité personnelle avec l’homme d’affaires ayant seulement facilité le montage de l’exposition dont celui-ci reste le principal mécène à hauteur de 800 000 € sur les 1,9 millions de budget total dont 300 000€ proviennent des caisses de l’établissement. Ce changement subtil et soudain de version sera seulement relevé par une journaliste du Figaro bien au fait du dossier [52].

Le 10 septembre, jour de l’inauguration de l’exposition, F. Pinault brillera étrangement par son absence alors qu’il en est le principal prêteur et qu’à ce titre il eût été normal qu’il soit présent et publiquement honoré. En ouverture de la conférence de presse, J.-J. Aillagon saluera ostensiblement l’américain Eli Broad, le seul collectionneur présent. Le nom du milliardaire français ne sera pas même cité et seul des deux commissaires de l’exposition Laurent Le Bon sera là pour répondre aux questions de la presse. Elena Geuna, proche collaboratrice de F.Pinault pour être l’une de ses conseillères artistiques pour ses achats et l’on suppose pour ses ventes, restera invisible pour cause officielle de maternité. Elle restera tout aussi muette et invisible dans les mois qui suivirent. Dans le dossier remis aux journalistes, une fiche de présentation des mécènes manquera cruellement : celle de la François Pinault Foundation.

Pourtant, le richissime amateur d’art n’était pas très loin puisqu’il apparaîtra le soir même, lors du dîner de gala, mais hors de l’attention des médias. N’accordant aucune interview ni avant ni pendant ni après, il brisera seulement son silence pour signer un texte dans le catalogue de l’exposition intitulé sobrement « Témoignage ». Il y raconte brièvement sa rencontre avec l’oeuvre de Koons il y a trente ans dans une galerie new-yorkaise et y dit toute sa fierté de « soutenir cet événement culturel unique qui promet maintes surprises agréables et merveilleuses… ». Il sera le seul prêteur à avoir l’honneur d’apposer sa signature dans le livre souvenir [53].

Si absolument rien ne vient prouver la volonté de J.-J. Aillagon de valoriser, par cette exposition, la collection de son ami - encore faudrait-il attendre plusieurs mois pour voir si des oeuvres exposées à Versailles appartenant à F. Pinault ne seront pas mis en vente et encore ce ne serait pas illégal - déontologiquement, si ce n’est juridiquement, sa position, en tant que président d’un établissement culturel public, est difficilement justifiable. Et la désinvolture avec laquelle il a repoussé d’une main méprisante toute critique n’a fait que conforter la certitude, pour certains, de ses mauvaises intentions. Par cette attitude, il a jeté le discrédit sur une démarche peut-être sincèrement désintéressée de sa part, qui a rejailli sur l’honneur de l’établissement qu’il dirige. C’est certainement, au final, le plus regrettable.
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AU ROYAUME DU PASTICHE
J.-J. Aillagon l’a affirmé, il entend « décloisonner » Versailles [54]. En y introduisant l’art contemporain, cela signifie pour lui refuser de le laisser plonger dans le « formol » ou dans la « naphtaline ». Il est déjà pour le moins étrange d’entendre une telle assertion dans la bouche d’un dirigeant dont la mission première est justement de préserver un site par essence figé, qui, sinon, ne mériterait pas l’appellation de monument historique et encore moins d’être classé patrimoine de l’humanité. C’est d’autant plus cocasse qu’à Versailles, on ne se contente pas de le conserver en l’état pour les générations futures mais, depuis cent ans, on poursuit la chimère de le faire revivre comme sous l’Ancien régime à coup de reconstitutions-restitutions plus ou moins spectaculaires, un peu comme quand on maquille un mort pour lui donner l’apparence de la vie.

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« Balloon Flower » de Koons sur fond de grille restituée © Louvre pour tous

Et le même qui maintenant fait mine de prendre ses distances avec cette politique palingénésique [55], en défendait mordicus le principe quand, en octobre 2003, alors ministre de la Culture, il lançait le chantier du Grand Versailles, « plan ambitieux de remise en état du Château » absolument nécessaire en ce qui concerne sa sécurité, et dont le volet restauration parachevera ce grand œuvre d’embaumement. Prétendre par exemple qu’en 2007 « arrivant à la tête de l’établissement, [il a] trouvé le chantier de recréation de la grille royale » [56], symbole le plus criard de cette doctrine, comme s’il n’y était pour rien, c’est oublier qu’il en a lui-même, à l’origine, validé le chantier.

Paradoxe des paradoxes, dans ce haut lieu du pastiche historique, dérive qui commence à émouvoir, la réflexion des commissaires de l’exposition Koons extraite d’un texte écrit pour la première édition du VERSAILLES OFF en 2004 et resservi pour Jeff Koons, sonne bien malgré eux avec ironie : « S’il existe un lieu où il faut se risquer à créer une manifestation de notre époque et non un pastiche facile, tentation souvent préférée, c’est Versailles » [57].

Et J.-J. Aillagon de répéter à l’envie, pour justifier l’exposition d’un artiste contemporain au château de Versailles que ce dernier a toujours été « le laboratoire du goût » comme le lui a soufflé un Laurent Le Bon plus expert. Certes, mais du vivant du château pourrait-on dire, ce qui donne à l’ensemble cette incroyable unité de style malgré des interventions ininterrompues jusqu’à la Révolution où le palais s’est comme figé pour l’éternité, les modifications et rajouts ultérieurs ne parvenant pas en dénaturer l’harmonie. Y placer des œuvres éloignées de trois cents ans vient objectivement heurter ce miraculeux équilibre. Et d’ailleurs, n’est-ce pas là le but recherché ? Mais l’argument se retourne bêtement car, qui dit laboratoire, dit expériences malheureuses et même parfois ratées comme le rappelle l’historien d’art Pierre Verlet. Poussé jusqu’à l’absurde, cela donne dans la bouche de Joël Cottin, jardinier en chef du château, cette merveilleuse lapalissade : « Versailles a été très contemporain à son époque. » Lascaux aussi. A partir de là, effectivement, tout est possible comme dirait l’autre.
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L’ART CONTEMPORAIN À VERSAILLES
Mais J.-J. Aillagon a émis des réserves. Il l’a promis : « Si Koons fait un flop, on ne recommencera pas ». Difficile de le croire quand, rappelons le, au bout de deux jours il considérait déjà le succès comme acquis et que, rien, au niveau de la fréquentation, ne pourra venir le contredire ou le conforter. De la même façon il a déclaré qu’il n’y avait pas « une obligation mécanique » à répéter l’événement avec un nouvel artiste [58]. Cependant, bien en amont de l’exposition Koons, la programmation des années futures étaient déjà arrêtées ce qui est une nécessité d’organisation et une question de respect minimum vis-à-vis d’artistes, qui plus est de renom.

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Versailles, place d’armes © Louvre pour tous

En décembre 2007, il révélait déjà en conférence de presse le nom des artistes invités pour les trois années à venir, choix qu’il répétera dans le BEAUX ARTS spécial Jeff Koons conçu avant même le démarrage de l’exposition [59]. En 2009, ce sera l’artiste français Xavier Veilhan ce qui, en soi, est un choix pertinent puisqu’une part de son travail s’intéresse à « l’orchestration du pouvoir et sa matérialisation iconographique » notamment au travers de la statuaire publique. En 2010 devrait suivre le japonais Takashi Murakami ce qui ne pourra que plaire au public nippon très important à Versailles, un hasard sans doute. Choix qui risquent cependant de continuer à donner de l’urticaire aux opposants et autres intégristes. Il ne sera pas très difficile de trouver d’autres postulants, ceux-ci, selon J.-J. Aillagon, se pressant déjà au portillon. Normal pour ce qui ressemble à une consécration majestueuse [60].

Mais la volonté d’introduire l’art contemporain à Versailles remonte à plus longtemps. Et c’est à J.-J. Aillagon qu’on le doit alors qu’il était ministre de la Culture. En octobre 2003, en annexe du projet du Grand Versailles, le principe est affirmé sous forme de nouveau dogme imposé à une Christine Albanel qui régnait alors sur le domaine et qui n’est pas spécialement connue pour son goût en la matière : « Versailles, objet privilégié des commandes royales des XVIIe et XVIIIe siècles, doit renouer avec la création artistique de son temps » dixit J.-J. Aillagon visiblement en proie aux premiers symptômes louis-quatorziens.

Pour initier ce programme artistico-politique, le ministère décide de passer commande à un artiste du vivant pour décorer le plafond du « Grand escalier de Gabriel » un peu à la manière du plafond de l’Opéra Garnier peint par Chagall en 1964 ou celui du Louvre par Braque en 1953. En réalité, le choix de l’emplacement est beaucoup moins téméraire puisque l’escalier en question est un « faux », construit en 1986 pour « nécessités fonctionnelles » par Jean Dumont sur les plans de l’architecte de Louis XV mais jamais réalisé en son temps. On évoque alors le nom de Buren, artiste français vivant le plus connu internationalement mais également bête noire des ennemis de l’art contemporain. Ce projet n’a toujours pas abouti par crainte, semble-t-il, de soulever une trop vive hostilité alors qu’on le répète, l’œuvre contemporaine s’inscrirait sur du bâti ancien de seulement vingt ans [61] ! Mais voilà, englué dans sa doctrine du retour vers un passé perdu qui, en l’occurence, n’a jamais existé, difficile maintenant de rendre à Versailles un semblant de vie comme le musée du Louvre, lui, y parvient que ce soit avec la pyramide de Pei ou l’actuel chantier de la cour Visconti destinée à accueillir les collections des arts de l’islam, ce qui ne crée nulle polémique alors que le projet des architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti est résolument moderne.

VERSAILLES OFF, encore une idée de J.-J. Aillagon, calquée sur le modèle de la NUIT BLANCHE parisienne et qui, pour sa première édition en 2004 se déroulera à la même date. « Manifestation temporaire, qui prendra la forme d’un itinéraire original offrant des points de vue sur les lieux méconnus du domaine » révélés « par une intervention contemporaine » d’artistes français ou travaillant en France, tel en est le concept qui recueille aussitôt le succès sans que pour autant on puisse en déduire un enthousiasme des foules pour l’art d’aujourd’hui. Mais la formule avait l’avantage de la souplesse, de la diversité des oeuvres présentées et le charme de l’exceptionnel. Devenu président du domaine de Versailles, J.-J. Aillagon décrète la nouvelle formule de VERSAILLES OFF qui verra donc chaque automne l’invitation d’un seul artiste contemporain, durant les trois mois de période creuse généralement en fréquentation. Mais pas sûr que cela soit la meilleure idée pour le lieu.

Et comment croire à la sincérité de la démarche quand, pour l’exposition Jeff Koons, aucune équipe de médiation n’était mise à la disposition d’un public le plus souvent désemparé, agacé ou rieur, livré à lui-même, abandonné à ses interrogations alors que des établissements à la programmation pointue, entièrement consacrés à la création contemporaine, ont, dès leur création, intégré cette nécessité d’accompagnement respectueuse et du public et du travail de l’artiste [62].
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PERSPECTIVES
Si l’on veut à tout prix célébrer les épousailles du contemporain avec Versailles ce qui peut être prolifique, n’y aurait-t-il pas autre chose à imaginer de plus audacieux et moins simpliste que de présenter des œuvres du présent dans un cadre ancien qui, qu’on le veuille ou non, est le témoignage cohérent d’un passé à jamais figé ?

Pourquoi ne pas réserver, au cœur du palais, par exemple une salle - il n’en manque pas - qui pourrait être investie régulièrement et entièrement par des artistes contemporains qui interrogeraient les notions de pouvoir, par sa théâtralisation dans un décorum renouvelé à l’infini comme l’on démontait, à l’époque des rois, tentures et boiseries selon les besoins et les goûts. Laisser le soin d’imaginer à une équipe de créateurs comprenant non seulement des plasticiens mais aussi des designers, décorateurs, vidéastes, gens de la mode et autres graffeurs, une chambre de parade moderne. Tel pourrait être le projet ensuite rendu vivant par des performances de danseurs et comédiens d’aujourd’hui [63].

Ne serait-ce pas la meilleure manière de perpétuer l’esprit créatif et collectif de Versailles sans tomber dans une parodie facile et factice d’un « choc des cultures » condamné à n’être qu’une juxtaposition forcée des styles ?

:: Bernard Hasquenoph |

:: Louvre pour tous | 18/12/2008 | 21:50 |

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EN COMPLÉMENT

DIAPORAMA JEFF KOONS SUPERSTAR | 10.09.08
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NOTE AUX GUIDES
Extrait d’une des notes adressées par le directeur du développement culturel de l’établissement public de Versailles aux guides professionnels au sujet de l’exposition Jeff Koons :

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NOTES

[1] Jean-Jacques Aillagon lors de la conférence de presse d’inauguration | 10.09.08

[2] Depuis 2004, associée à la Nuit Blanche parisienne, le domaine de Versailles propose de découvrir, le temps de deux soirées, des créations contemporaines dans le parc et château ouvert pour l’occasion gratuitement.

[3] C’est l’argument avancé par Jean-Jacques Aillagon lors de la conférence de presse du 10.09.08 lancant l’exposition JEFF KOONS VERSAILLES. Même propos dans le hors-série BEAUX ARTS consacré à l’exposition : « Quand j’étais ministre de la Culture, j’avais suggéré à la directrice d’alors, Christine Albanel, d’inviter l’art contemporain à Versailles. Cela a été un succès. Ces expositions ont attiré un public atypique, plus francilien ». Laurent Le Bon, commissaire de l’exposition Koons et responsable de VERSAILLES OFF, en donne une approche plus mesurée et certainement plus proche de la réalité dans le même magazine : « Beaucoup venaient pour la magie de la nuit autant que pour l’art contemporain. D’autres pour découvrir des lieux jamais ouverts au public, comme l’Orangerie. ». Les éditions précédentes de VERSAILLES OFF ont accueilli environ 30 000 visiteurs pour les deux soirs.

[4] « Si Koons fait un flop, on ne recommencera pas », propos recueillis par Valérie Duponchelle et Sébastien Le Fol, LE FIGARO | 11.09.08

[5] Première citation in « Si Koons fait un flop, on ne recommencera pas », propos recueillis par Valérie Duponchelle et Sébastien Le Fol, LE FIGARO | 11.09.08.
Seconde citation in « Son esthétique s’allie à celle du château » propos recueillis par Emmanuelle Lequeux, BEAUX-ARTS Hors-série | 09.08.
Difficile de savoir qui le premier eut l’idée de Jeff Koons. Laurent Le Bon parle de façon très diplomatique de choix collectif entre J.-J. Aillagon, Jérome de Noirmont, le galeriste de Koons en France, et lui-même quand J.-J.Aillagon s’arroge, dans un premier temps, la paternité de l’idée - ce que confirme Koons (Paris-Match n°3093) - suite à un entretien avec son ancien patron François Pinault, propriétaire du Palazzo Grassi de Venise, grand collectionneur des œuvres de Koons (BEAUX ARTS Hors-série « Jeff Koons Versailles » | 09.08) pour ensuite en rendre la paternité à Laurent Le Bon comme le fait remarquer LE FIGARO : « Accusé d’avoir choisi d’ouvrir le bal avec l’artiste cher à François Pinault, Jean-Jacques Aillagon, ancien directeur du Palazzo Grassi et désormais président de l’Établissement public du musée et du domaine national de Versailles, rend, dans son éditorial à paraître dans le catalogue, cette idée originale à Laurent Le Bon, co-commissaire de l’exposition, conservateur du patrimoine en charge du projet de Centre Pompidou à Metz. » in « Toute la planète réunie à Versailles pour Jeff Koons » par Valérie Duponchelle | 10.09.08

[6] C’est le cas pour l’exposition Jeff Koons à Versailles, pour celle qui se tient dans le même temps à Fontainebleau : « Château de Tokyo - Palais de Fontainebleau ». Il en était de même pour la fameuse exposition Jan Fabre au Louvre dernièrement.

[7] « Les œuvres de Jeff Koons ne constituent en aucune façon une gêne pour les visiteurs qui viennent admirer le décor royal de Versailles. Elles offrent même, par leur jeu d’échos et de reflets, une formidable invitation à le regarder mieux. » in « Versailles rallume la querelle de l’art contemporain » par Sophie Gignoux, LA CROIX | 08.09.08. Vite dit, la perspective de la Galerie des Glaces est obstruée par l’installation de Moon quand toutes les oeuvres sont placées au beau milieu des pièces.

[8] Dès le premier week-end, la direction du château de Versailles dresse, selon l’agence REUTERS, « un bilan élogieux » de l’événement en indiquant une fréquentation deux fois supérieure à la moyenne dont on peut imaginer qu’elle est le résultat de l’hyper-médiatisation qui a entouré son inauguration. Au bout d’un mois et demi, le 31 octobre, la direction annonce à l’AFP la prolongation de l’exposition jusqu’au 4 janvier, devant un chiffre de fréquentation qualifié d’exceptionnel (250 000 visiteurs). Interrogé par nous, le service presse du château reconnaît que ce sont les chiffres de visite du circuit des grands appartements dans lesquels se tient l’exposition, tout en se refusant à communiquer, pour comparaison, les chiffres des années précédentes pour la même période. Distingo qui échappe à l’AFP (« L’exposition Jeff Koons prolongée à Versailles », AFP | 31.10.08) ce qui est déjà grave puisqu’elle nourrit l’information de pratiquement tous les médias qui manifestement estiment ne pas devoir vérifier ce genre de détail : « Les Français tiennent à leurs dépenses culturelles » par Léna Lutaud, LE FIGARO | 17.11.08 ; « Luxe et art contemporain : c’est l’amour fou » par Pauline Simons, LE FIGARO | 05.12.08 ; BEAUX-ARTS | 12.08 mentionne en petit que le chiffre cumule les entrées « du site et de l’exposition », mais n’annonce pas moins en premier lieu le chiffre global comme celui de la seule exposition ; la palme revient à Henri-François Debailleux, LIBÉRATION | 26.11.08 :« Après deux mois de présence de Jeff Koons, le château de Versailles enregistrait environ 250 000 visiteurs supplémentaires pour cette période. ». Début décembre, l’AFP reproduit la même erreur, annonçant cette fois 500 000 visiteurs (« Jeff Koons à Versailles scandalise un » descendant de Louis XIV «  » AFP | 05.12.08). On imagine que l’immense couverture médiatique qui a entouré l’événement a eu des incidences sur le nombre de visiteurs mais il demeure impossible d’évaluer le nombre de ceux venus spécialement pour Jeff Koons.

[9] « Choc des cultures au château de Versailles », JT 13h, FRANCE 2 | 10.09.08

[10] « Si Koons fait un flop, on ne recommencera pas », propos recueillis par Valérie Duponchelle et Sébastien Le Fol, LE FIGARO | 11.09.08.
Selon les sources officielles publiées sur son site web,l’établissement public du château de Versailles compte 39 scientifiques (conservateurs, chercheurs, documentalistes, archivistes…).

[11] « Le public au rendez-vous de la »révolution« Koons à Versailles » par Elizabeth Pineau, REUTERS | 15.09.08

[12] Lire « Jeff Koons Versailles - Citations autour d’une exposition »

[13] « Le pop Jeff Koons trônera à Versailles » par Vincent Noce, LIBÉRATION 06.03.08.

[14] « Le jardinier du château se frotte à l’art contemporain » par Antoine Hasbroucq, LE PARISIEN Ed. Yvelines | 06.09.2008.

[15] Laurent Le Bon, commissaire de l’exposition, in « Nous lui avons conseillé d’être radical » propos recueillis par Emmanuelle Lequeux, BEAUX ARTS Hors-série | 10.08.

[16] « Arrête de faire le Koons », LE CANARD ENCHAÎNÉ | 24.09.08

[17] « Coup d’arrêt à Versailles-land ? » par Didier Rykner, LA TRIBUNE DE L’ART | 29.09.08

[18] Christian Sterkers, vice-président du Syndicat national des professions du tourisme (SNPT) in « La critique n’a pas cour à Versailles pour l’expo Jeff Koons » par Carole Bianchi | 03.10.08

[19] « Pour Versailles et le Louvre, la bataille du Web 2.0 a commencé » par Simode Fabien, Artclair.com | 01.12.08

[20] Conférence « Marketing culturel 2.0, Comment profiter des nouveaux médias ? », INFLUENCIA | 18.11.08

[21] C’est ce que dit en filigrane Jean-Jacques Aillagon dans un face à face filmé avec Philippe Tesson : « Si un visiteur sort de l’exposition en ayant mieux regarder Versailles et en détestant l’exposition Jeff Koons, on aura gagné quand même. Et si l’on sort en aimant encore mieux Versailles et en appréciant l’oeuvre de Jeff Koons, on aura une victoire encore beaucoup plus belle. » Vidéo LE FIGARO MAGAZINE | 23.09.08

[22] « Si Koons fait un flop, on ne recommencera pas », propos recueillis par Valérie Duponchelle et Sébastien Le Fol, LE FIGARO | 11.09.08

[23] « Trois mois de fête au château » par Matthieu Suc, LE PARISIEN | 26.06.08.

[24] « Interview de Jean-Jacques Aillagon », propos recueillis par Didier Rykner, LA TRIBUNE DE L’ART | 29.09.08

[25] Chiffres du Comité régional du tourisme - Paris Ile-de-France rapportés dans « Pourquoi les touristes ont boudé Paris » par Hervé Guenot, JDD | 22.09.08

[26] « Les grandes institutions dénoncent les coupes financières » par Clarisse Fabre, LE MONDE | 13.10.08. En ce sens, l’opération Koons peut déjà être considérée comme une réussite vu le nombre de mécènes potentiels richissimes prévus pour le dîner de gala dans la Galerie des Cotelles du Grand Trianon, le soir de l’inauguration : François Pinault, Benedikt Taschen, Eli Broad, Dakis Joannou, Astrup Fearnley ou Peter Brant in « Toute la planète réunie à Versailles pour Jeff Koons » par Valérie Duponchelle, LE FIGARO |10.09.08

[27] « Pour son président Jean-Jacques Aillagon, il faut »décloisonner« Versailles » AFP | 24.09.08

[28] « Coup de Koons à Versailles » par Vincent Noce, LIBÉRATION | 26.08.08

[29] « Le Fou du Roi » émission d’humour animée par Stéphane Bern, FRANCE INTER | 01.09.08

[30] « La critique n’a pas cour à Versailles pour l’expo Jeff Koons » par Carole Bianchi, 20mn | 03.10.08

[31] L’animateur principal de ce groupe est un certain Arnaud-Aaron Upinsky, auteur selon Libération « d’ouvrages bizarroïdes, mêlant thèmes traditionnels de l’extrême droite parfumée d’intégrisme catho et d’occultisme, sur fond de menaces conspirationnistes » (« Coup de Koons à Versailles » par Vincent Noce, LIBÉRATION | 26.08.08). Il est par ailleurs président de l’Union Nationale des Ecrivains de France, association créée en 2007 pour œuvrer à la « régénération substantielle de la civilisation du livre » revendiquant 400 membres, dont un certain Pierre Charie-Marsaines, président d’honneur inconnu avec qui il signe plusieurs lettres contre l’exposition Koons envoyées à la ministre de la Culture, au maire de Versailles puis au Président de la République avant même le démarrage de l’exposition. A l’occasion de son lancement, le groupe s’est constitué en « Coordination de défense de Versailles », dont un autre de ses initiateurs serait Frédéric Pichon (« Les anti-Koons manifestent à Versailles », LE PARISIEN ed.Yvelines | 11.09.08 et « L’Exposition Jeff Koons a du plomp dans l’aile ! » site Europae Gentes), avocat, ex-militant du GUD et animateur sur RADIO COURTOISIE, tribune sur la FM de « toutes les droites » mais surtout de l’extrême-droite. Egalement citée, Anne Brassié, femme de lettres et critique littéraire « dans la presse nationaliste et catholique traditionaliste, notamment Présent ou Rivarol » selon Wikipédia, également animatrice sur RADIO COURTOISIE dont le patron n’est autre qu’Henry de Lesquen, candidat malheureux à la mairie de Versailles en mars 2008, élu au conseil municipal sous la liste Union pour le Renouveau de Versailles (URV) et président du Club de l’Horloge.
La menace d’une action en justice agitée depuis le début par M. Upinsky se précisera... trois mois plus tard quand le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, « descendant en droite ligne de Louis XIV et de Marie-Antoinette » rendra publique une lettre adressée au président de la République lui demandant l’arrêt immédiat de l’exposition sous menace d’un référé. Copier/coller de la prose upinskienne, la lettre reprend les mêmes arguments spécieux et absurdes faisant passer Louis XIV pour l’auteur du palais de Versailles alors qu’il n’en a été que le commanditaire. En écho, la réponse tout aussi extravagante de Jean-Jacques Aillagon voulant sans doute prouver son respect du patrimoine royal, sera de demander à la ministre de la Culture le retour des ossements d’une reine mérovingienne dans la nécropole des rois de France de la basilique de Saint-Denis ! Le 20 décembre, le prince entamera un référé contre l’établissement pour « profanation et atteinte au respect dû aux morts ».

[32] Voir note précédente. Cette « Coordination de défense de Versailles », si elle semble bénéficier du soutien des milieux monarcho-trado-nationalistes qui relaient ses appels et communiqués sur leurs sites Internet (Les manants du Roi, Alliance royale, Institut de la Maison de Bourbon, la section MPF Yvelines de Philippe de Villiers, E-deo, Les 4 vérités, Europae Gentes, Novopress...), n’a pas rendu publique sa pétition.

[33] « Coup de Koons à Versailles » par Vincent Noce, LIBÉRATION | 26.08.08. J.-J.Aillagon indique ne pas avoir répondu au courrier reçu. Nous aussi avons fait les frais de cette étrange notion du service public qui consiste, pour lui, à ne pas répondre à ce qui le dérange.

[34] Edouard de Royère, président d’honneur de la Fondation du patrimoine, cité dans « Quand l’art contemporain s’invite au château » par Valérie Duponchelle, LE FIGARO | 23.06.08. Didier Rykner, historien de l’art, in « A Versailles, le combat est ailleurs », LA TRIBUNE DE L’ART | 10.09.08. Seul Jean Clair a publié une tribune sur le sujet : « Jeff Koons à Versailles, c’est le monde à l’envers ! », LE FIGARO | 11.09.08.
Par la suite, paraîtront dans la presse divers tribunes qui plus largement s’en prendront à un « Art contemporain officiel » et à sa relation au marché : « « Financial Art » à Versailles ? » par Aude de Kerros, LES ÉCHOS | 15.09.08 ; « Art contemporain, le triomphe des cyniques » par Olivier Jullien, LE MONDE | 26.11.08. ; ARTENSION n°44

[35] « Jeff Koons crée la polémique au château » par Véronique Beaugrand, LE PARISIEN Ed. Yvelines | 10.09.08

[36] « So, is Jeff Koons grand enough for the hallowed halls of Versailles ? » par Adam Sage, THE TIMES | 29.08.08

[37] « A Versailles, le combat est ailleurs » par Didier Rykner, LA TRIBUNE DE L’ART | 10.09.08

[38] Ce regrettable incident avait entraîné la publication dans LE FIGARO d’une tribune de Christine Albanel, présidente alors du domaine de Versailles, qui profita de l’occasion pour défendre la politique culturelle globale de l’établissement, sujet à maintes critiques : « À Versailles, la liberté de créer à été bafouée » | 13.10.06. Henry de Lesquen, président pour L’Union pour le Renouveau de Versailles (URV) se félicitait de cette action au succès de laquelle il avait largement contribué.

[39] BEAUX-ARTS Hors-série | 09.08

[40] Parallèlement à la production et re-production d’œuvres limitées à quelques exemplaires qui atteignent désormais des millions d’euros à la vente, Jeff Koons développe un commerce plus accessible de son art par la mise en vente de séries comme le propose fort opportunément son galeriste français Jérôme de Noirmont actuellement sur son site : « Kangaroo Mirror Box, boîte-miroir vendue dans son coffret d’emballage argenté. édité à 2000 exemplaires, 2500€TTC pièce, frais d’emballage et d’envoi inclus, commandable en ligne et, durant toute la durée de l’exposition à Versailles, en vente à la boutique du château. On trouve aussi régulièrement de ces pièces »grand public" en vente sur ebay.

[41] Pour y avoir assisté nous-même, lors de sa rencontre avec la presse le 10 septembre, Jeff Koons, pour les photographes, a de lui-même adopté la pose suivante : bras écartés et paumes grandes ouvertes. Il est amusant de constater qu’il a adopté la même pose lors de son exposition suivante à Berlin : ici ou .

[42] « Ancien trader, Jeff Koons ne souhaite pas commenter sa cote très élevée sur le marché de l’art. »Le dialogue entre l’art et l’argent ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est le dialogue entre l’art et le potentiel humain. Mon travail tourne autour de l’optimisme« , souligne-t-il. » in « Mariage du pop art de Jeff Koons et du classicisme de Versailles », AFP | 10.09.08

[43] Certaines sont indiquées comme appartenant en propre à F. Pinault, d’autres à Artis, société gestionnaire du Palazzo Grassi faisant partie de la holding Artemis, propriété de l’homme d’affaires.

[44] C’est Laurent Le Bon, le commissaire de l’exposition, qui le rapporte dans le BEAUX-ARTS Hors-série Jeff Koons Versailles | 09.08 : « Au centre Pompidou, plusieurs personnes ont essayé de l’exposer, mais cela n’a jamais abouti. ». Son explication : « Le budget de transport et d’assurance est colossal. »

[45] J.-J. Aillagon indique lui-même que suite à l’exposition du « Mobilier d’argent », un propriétaire privé aurait mis en vente une des pièces exposées in « Interview de Jean-Jacques Aillagon » propos recueillis par Didier Rykner, LA TRIBUNE DE L’ART | 29.09.08.
La question pour Koons se complexifie d’autant que souvent une même œuvre est produite en plusieurs exemplaires. Ainsi une statue « Bear and the Policeman » au propriétaire inconnu, semblable à celle exposée à Versailles appartenant au Kunstmuseum Wolfsburg (il en existe 3 exemplaires) sera prochainement mise en vente à Sotheby’s, prix de départ : 8 à 12 millions de dollars ( Source : « Sotheby’s : la plus grande exposition avant-vente jamais tenue en Russie », RIA Novosti | 07.10.08.). Profitera-t-il de l’exposition à Versailles de son clone ?

[46] « Jeff Koons va inaugurer la Fondation Pinault » par Philippe Régnier, LE JOURNAL DES ARTS n° 196 25.06.04

[47] « Francois Pinault. Nouveau prince de Venise », propos recueillis par Henry-Jean Servat, PARIS MATCH | 20.04.06

[48] « Lieu d’implantation de la fondation pinault », intervention au Sénat de M. Serge Lagauche, sénateur socialiste du Val-de-Marne|12.05.05 et « Ile Seguin : le maire Fourcade égratigne Aillagon », TF1|10.05.05

[49] « Jean-Jacques Aillagon châtelain » par Azimi Roxana, JOURNAL DES ARTS n° 262 | 22.06.07

[50] LE MONDE | 06.09.08 et BEAUX ARTS Hors-série | 10.08

[51] Paris-Match n°3093

[52] La journaliste Valérie Duponchelle le relève : « Accusé d’avoir choisi d’ouvrir le bal avec l’artiste cher à François Pinault, Jean-Jacques Aillagon, ancien directeur du Palazzo Grassi et désormais président de l’Établissement public du musée et du domaine national de Versailles, rend, dans son éditorial à paraître dans le catalogue, cette idée originale à Laurent Le Bon, co-commissaire de l’exposition, conservateur du patrimoine en charge du projet de Centre Pompidou à Metz. » in « Toute la planète réunie à Versailles pour Jeff Koons » | 10.09.08

[53] « Jeff Koons, Versailles » par Laurent Le Bon et Elena Geuna, Editions Xavier Barral, 2008, 45€

[54] « Pour son président Jean-Jacques Aillagon, il faut »décloisonner« Versailles » AFP | 24.09.08

[55] Lire l’interview qu’il a accordé à la TRIBUNE DE L’ART 29.09.08

[56] Cf. interview à la TRIBUNE DE L’ART cité plus haut. Lire aussi notre article « Grille en stuc pour un Versailles en toc ».

[57] Phrase extraite du texte de présentation pour l’exposition JEFF KOONS VERSAILLES copier/coller d’un texte écrit en réalité pour la première édition du VERSAILLES OFF en 2004

[58] « Si Koons fait un flop, on ne recommencera pas », propos recueillis par Valérie Duponchelle et Sébastien Le Fol, LE FIGARO | 11.09.08 et « Interview de Jean-Jacques Aillagon », propos recueillis par Didier Rykner, LA TRIBUNE DE L’ART | 29.09.08

[59] Conférence de presse | 11.12.07 et BEAUX ARTS Hors série | 09.08

[60] « Cette invitation [de Jeff Koons] à Versailles a créé une rumeur chez les artistes internationaux et suscité de vraies envies. » in BEAUX ARTS Hors série | 09.08

[61] « Tout cela est délicat et complexe et appellerait de toute évidence un vrai débat si on s’engageait dans un projet qui n’est pas pour l’instant à l’ordre du jour. » déclare-t-il à LA TRIBUNE DE L’ART, cf plus haut.

[62] On pense notamment au Palais de Tokyo à Paris ou au MAC/VAL à Vitry-sur-Seine. Encore récemment l’exposition « Academia » s’adressant à un public pleinement acquis à l’art contemporain, se tenant dans l’enceinte même de l’Ecole nationale des Beaux-Arts, à Paris, mettait à la disposition des visiteurs des médiateurs.

[63] Nous avons en tête « la Suite » en sous-sol de La Maison Rouge fondation d’art contemporain Antoine de Galbert, à Paris, grande chambre d’hôtel reconstitué, théâtre d’événements, de débats et de performances.



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UNE CITATION, DES CITATIONS
« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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