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Versailles et les nouveaux Tartuffes

Louvre pour tous | 10/12/2008 | 16:34 |


Dans le contexte actuel de l’exposition JEFF KOONS VERSAILLES qui fait l’objet de critiques intransigeantes d’intégristes, il nous a semblé intéressant de se souvenir d’une autre bataille artistique commencée à Versailles en 1664 : Tartuffe de Molière. Autre temps, même méthode et même discours...

« Suivant leur louable coutume, ils ont couvert leurs intérêts de la cause de Dieu ; et le Tartuffe, dans leur bouche, est une pièce qui offense la piété. Elle est, d’un bout à l’autre, pleine d’abominations, et l’on n’y trouve rien qui ne mérite le feu. Toutes les syllabes en sont impies ; les gestes même y sont criminels ; et le moindre coup d’oeil, le moindre branlement de tête, le moindre pas à droite ou à gauche y cache des mystères, qu’ils trouvent moyen d’expliquer à mon désavantage. »
MOLIÈRE, Le Tartuffe ou l’Imposteur, préface, 1669

Lire aussi notre article « Jeff Koons Versailles et la colère du prince »

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Molière par Pierre Mignard © DR

10.12.08 | PRÉSENTÉE EN AVANT-PREMIÈRE au château de Versailles le 12 mai 1664 devant un Louis XIV conquis, TARTUFFE de Molière fit un énorme scandale auprès des bien-pensants. Cette comédie entendait dénoncer l’hypocrisie à travers les traits d’un faux dévot. Avant même sa présentation publique, la Compagnie du Saint-Sacrement se démena pour la faire interdire, y voyant une attaque contre la religion et ses valeurs. Dérision, profanation, sacrilège, incitation au libertinage, tels étaient selon eux les crimes attachés à cette oeuvre diabolique.

Sous la pression politique du parti des dévots, le roi leur donna raison malgré sa propre appréciation, l’archevêque de Paris, de son côté, menaçant d’excommunication toute personne qui tenterait de monter la comédie ou d’en être simple spectateur.

Durant cinq ans, Molière se défendit, objet de toutes les haines d’ennemis acharnés, plaida sa cause, modifia sa pièce, tentant de la monter sous un autre titre, en vain, avant d’obtenir le 1er février 1669 l’autorisation du roi de jouer sa comédie enfin librement. La Compagnie du Saint-Sacrement fut alors dissoute sur ordre royal, la victoire de Molière était celle de la liberté de création contre l’obscurantisme et l’intolérance.

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© DR

PAMPHLET CONTRE LE TARTUFFE DE MOLIÈRE
Extrait d’un pamphlet présenté à Louis XIV en 1664 et écrit par l’abbé Roullé contre Molière et son Tartuffe. Devant ce torrent de haine, et malgré la pression des dévots, il ordonna la destruction de tous les exemplaires :

"Un homme, ou plutôt un démon vêtu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fut jamais dans les siècles passés, avait eu assez d’impiété et d’abomination pour faire sortir de son esprit diabolique une pièce toute prête d’être rendue publique en la faisant exécuter sur le théâtre, à la dérision de toute l’Eglise, et au mépris du caractère le plus sacré et de la fonction la plus divine, et au mépris de ce qu’il y a de plus saint dans l’Eglise, ordonnée du Sauveur pour la sanctification des âmes, à dessein d’en rendre l’usage ridicule, contemptible, odieux.

Il méritait, par cet attentat sacrilège et impie, un dernier supplice exemplaire et public, et le feu même avant-coureur de celui de l’Enfer, pour expier un crime si grief de lèse-Majesté divine, qui va à ruiner la religion catholique, en blâmant et jouant sa plus religieuse et sainte pratique, qui est la conduite et direction des âmes et des familles par de sages guides et conducteurs pieux. Mais Sa Majesté, après lui avoir fait un sévère reproche, animée d’une forte colère, par un trait de sa clémence ordinaire, en laquelle il imite la douceur essentielle à Dieu, lui a, par abolition, remis son insolence et pardonné sa hardiesse démoniaque, pour lui donner le temps d’en faire pénitence publique et solennelle toute sa vie.

Et, afin d’arrêter, avec succès, la vue et le débit de sa production impie et irréligieuse, et de sa poésie licencieuse et libertine, elle lui a ordonné sur peine de la vie, d’en supprimer et déchirer, étouffer et brûler tout ce qui en était fait, et de ne plus rien faire à l’avenir de si indigne et infamant, ni rien produire au jour de si injurieux à Dieu, et outrageant à l’Eglise, la religion, les sacrements, et les officiers les plus nécessaires au salut ; lui déclarant publiquement et à toute la terre, qu’on ne saurait rien faire, ni dire, qui lui soit plus désagréable et odieux, et qui le touche le plus au cœur que ce qui fait atteinte à l’honneur de Dieu, au respect de l’Eglise, au bien de la religion, à la révérence düe aux sacrements, qui sont les canaux de la grâce que Jésus-Christ a méritée aux hommes par sa mort en la croix, à la faveur desquels elle est transfuse et répandue dans les âmes des fidèles qui sont saintement dirigés et conduits.

Sa Majesté pouvait-elle mieux faire contre l’impiété et cet impie que de lui témoigner un zèle si sage et si pieux, et une exécration d’un crime si infernal ? Elle n’a pas moins de haine pour l’hérésie ni d’aversion pour l’erreur, que pour ces vices exécrables, et ces crimes griefs, d’autant plus odieux à Dieu, qu’ils détruisent la vérité, comme ils diffament la beauté de la religion."

Pierre Roullé, curé de la paroisse Saint-Barthélémy, 1664
in « Le Roi glorieux au monde ou Louis XIV, le plus glorieux de tous les rois du monde »

:: Louvre pour tous | 10/12/2008 | 16:34 |

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EN COMPLÉMENT

Visionnez sur le site de l’INA le TARTUFFE interprété par la troupe de la Comédie Française en 1975, dans une mise-en-scène de Jacques Charon : ICI



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