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Le prince vers la Cour européenne des droits de l’Homme

Louvre pour tous |

Bernard Hasquenoph | 30/12/2008 | 18:35 |


Une seconde fois débouté de sa demande d’interdiction de l’exposition contemporaine « pour profanation et atteinte au respect dû aux morts », le prince n’exclut pas de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme

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Le prince et son avocat au tribunal © DR

30.12.08 | NOUVELLE DÉCULOTTÉE pour le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme. Le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative et « ancien conseil du roi » comme le précisait la « Coordination de défense de Versailles » dans l’un de ses communiqués anti-Koons, a rejeté hier la requête en référé de Son Altesse Royale, confirmant la décision du tribunal administratif du 24 décembre.

M. de Bourbon-Parme, « descendant en ligne directe de Louis XIV » demandait la cessation de l’exposition Jeff Koons Versailles « pour profanation et atteinte au respect dû aux morts », insistant sur le caractère « pornographique » des oeuvres exposées. Rapporté par l’AFP, le Conseil d’Etat estime « manifeste » que cette requête « n’est pas fondée » et, suivant le juge des référés, affirme qu’il n’y a pas « atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ». Par contre, il s’étonne que la procédure ait été enclenchée le 22 décembre « alors que l’exposition litigieuse est installée depuis le 11 septembre » [1].

Ce à quoi Me Rosny Minvielle de Guilhem de Lataillade, avocat du plaignant, répond en invoquant « l’hésitation entre une action directe en justice et les tentatives de négociations » [2]. Peut-être fait-il allusion à la lettre que M. de Bourbon-Parme a adressé le 18 novembre au président de la République, lui donnant du « cher Nicolas », pour lui demander « de faire procéder au retrait des objets de scandale et de dérision » dans les Grands appartements de son lointain ancêtre.

La supplique est manifestement restée sans réponse [3]. Le seul signe du premier personnage de l’Etat viendra de l’UMP qui, par l’entremise de Frédéric Lefebvre, l’un de ses porte-parole, fera connaître sa position dans un communiqué daté du 24 décembre : « Il est pour le moins regrettable qu’un descendant de Louis XIV se permette de poursuivre en justice un artiste de talent comme Jeff Koons (...) Le motif mis en avant prête à sourire, surtout lorsque l’on connaît les moeurs à l’époque du Roi Soleil (...) Cette appropriation de l’histoire de notre pays a de quoi surprendre et choquer (...) Notre pays s’honore à marier patrimoine et art contemporain, et Versailles mérite les plus grands artistes dont fait partie sans conteste Jeff Koons ». Enfin, le député des Hauts-de-Seine estimera que cette exposition « mériterait d’être prolongée encore de longues semaines » [4]. Le citoyen Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme n’a donc rien à attendre d’un parti qu’il soutint pourtant lors de la dernière campagne municipale à Versailles en s’engageant aux côtés de son candidat malheureux Bertrand Devys [5].

UN VERSAILLES JOYEUX ET AMOUREUX
Face à Me Rosny Minvielle de Guilhem de Lataillade qui avait oser s’exclamer lors de la première audience : « Le respect dû aux morts est une liberté fondamentale. Les croix gammées n’ont pas le monopole de la profanation ! », l’avocate de l’établissement public, Me Marie Delion, avait fait remarquer que le château de Versailles n’était « nullement un tombeau » et était « sous Louis XIV un lieu de vie ». Même tonalité dans la bouche de Jean-Jacques Aillagon, maître républicain des lieux qui, au soir du 24 décembre, déclarait sur FR3 : les rois « y ont vécu de façon heureuse, de façon joyeuse, dans la fête. La fête était l’un des ingrédients de Versailles. Il y avait une vie officielle et puis il y avait une vie officieuse, une vie parallèle, on le sait. La vie amoureuse, notamment à Versailles, était particulièrement intense, en tous cas sous certains règnes » [6].

Suite à la décision du Conseil d’Etat, l’établissement publie cette fois un communiqué bref et cinglant, exprimant sa « satisfaction » qu’une seconde fois le prince et « ses prétentions à censurer l’exposition consacrée à Jeff Koons » ait été débouté avant de se réjouir « de la fin de ce contentieux ridicule et inutile ».

La fin ? En est-on seulement sûr quand Me Rosny Minvielle de Guilhem de Lataillade indique à l’AP que son client, maintenant, n’exclut pas « une éventuelle saisine de la Cour européenne des droits de l’Homme » ! Toujours est-il que la « Coordination de défense de Versailles » organise une conférence de presse pour Son Altesse Royale demain, 31 décembre, « en présence de son avocat, d’intellectuels, d’artistes et de personnalités au fait de ce scandale sans précédant du patrimoine touchant l’art, l’argent, la Démocratie et les Droits de l’Homme » [7].

La Coordination animée par Arnaud-Aaron Upinsky indique, dans son communiqué, que le prince entendant porter « la voix des sans-voix victimes d’une censure sans exemple : du personnel, des guides-interprètes, des conférenciers, des touristes, des artistes, des mécènes… » et, comme « héritier du droit moral de défendre l’œuvre sans égale de Versailles, contre une politique culturelle suicidaire pour l’art et la culture française, visant toute la France, et conscient de l’espoir soulevé par son recours en justice, il se doit désormais de poursuivre son action jusqu’à son juste aboutissement ». La Croisade du ridicule ne s’arrête donc pas là.

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:: Bernard Hasquenoph | 30/12/2008 | 18:35 |

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NOTES

[1] « Rejet par le Conseil d’Etat de la requête de Bourbon-Parme sur Koons à Versailles », AFP | 30.12.08

[2] « Exposition Jeff Koons à Versailles : le Conseil d’Etat rejette la requête du prince de Bourbon-Parme », AP | 30.12.08

[3] Nous avons appris plus tard qu’il a bien reçu une réponse du président de la République sans en faire état publiquement. Elle a été produite lors de l’audience au tribunal administratif par son avocat.

[4] « L’UMP indignée par le procès d’un Bourbon-Parme contre l’expo Koons », AFP | 24.12.08

[5] Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme était 19ème sur la liste UMP menée par Bertrand Devys.

[6] JT 19/20 FR3 Edition nationale | 24.12.08

[7] Conférence de presse de S.A.R. le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme : mercredi 31 décembre 2008, 10h.30, Hôtel du Louvre, Place de la Comédie Française, Paris.



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