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Du mauvais goût à Versailles

Louvre pour tous | 29/09/2008 | 16:35 |


Nous publions cet extrait du livre « Versailles » de Pierre Verlet, historien d’art, comme document à l’occasion de notre article « Jeff Koons Versailles Maison ». Ce livre essentiel sur l’histoire du palais est toujours disponible aux éditions Fayard.

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UN GOÛT QUI S’ÉPURE ET SE FRANCISE
par Pierre Verlet
Il y aurait pour l’histoire du goût une bien curieuse histoire à écrire, - et bien difficile à démêler, car il y faudrait une chronologie très serrée, - de l’évolution artistique de Louis XIV. On peut la percevoir dans ses grandes lignes. Versailles affine le Roi ; les dépenses servent à son éducation. Les embarras financiers de la fin du règne eux-mêmes, l’obligeant à moins de dépense, contribuent à l’épuration de son goût. Il ne faudrait pas omettre enfin les expériences qui s’accomplissent en dehors de lui, mais près de lui, et qui vont des décorations intérieures de la place Vendôme à celle du choeur de Notre-Dame de Paris, des aménagements inspirés par Monseigneur à ceux que réclame la jeune duchesse de Bourgogne.

On rencontrerait la permanence des goûts du Roi pour les matériaux somptueux, les marbres, les miroirs, les dorures. On verrait Louis XIV, forcé par la nécessité de remplacer l’argent ciselé par le bois doré, faire travailler celui-ci avec une perfection presque égale ; on le trouverait enclin, par un goût qui évolue, à plus de légèreté et de finesse. Aux portes chargées d’ornements dorés sur fond d’or du Grand Appartement, répondraient celles, décorées de jolies rosaces, dont la dorure se découpe sur un fond blanc, de sa Chambre de 1701. Aux plafonds dont la sculpture toute dorée enferme quelques larges tableaux, feraient place les plafonds entièrement peints, encadrés seulement d’un peu de dorure, de Mignard, enfin les arabesques d’or d’Audran à la Ménagerie en 1698, qui annoncent les corniches de stuc doré du règne de Louis XV. On constaterait comment l’art du XVIIIe siècle se cherche à Versailles aux environs de 1690-1700 et combien les travaux de Louis XIV ont favorisé cette évolution.

Le mot de « goût » est difficile à définir. Peut-être la démonstration serait-elle plus nette si l’on notait les traces d’un certain « mauvais goût » dans les premières créations de Louis XIV à Versailles et la disparition de celui-ci par la suite. La Grotte de Thétis, avec ses « arrosures », ses « pissures » et ses rocailles, n’était-elle pas une oeuvre plus étrange que jolie, plus tournée vers la grosse plaisanterie que réellement plaisante, malgré la beauté de ses sculptures ? L’arbre de tôle peinte qui formait le principal attrait du bosquet du Marais n’a-t-il pas heureusement fait place aux baldaquins des Bains d’Apollon après 1704 ? Le Trianon de faïence, plus étonnant que fin, - les façades principales de pierre et de marbre du second Trianon, à la fois riches et élégantes, - la pureté de l’aile de pierre de Trianon-sous-Bois, marqueraient assez bien trois étapes du style de Louis XIV.

Le chemin parcouru par le Roi et par l’art français se trouve résumé dans une remarque du président des Brosses dans l’une de ses lettres d’Italie : « Vous me demandez, mes amis, si toutes les eaux si vantées des jardins d’Italie valent mieux que celles de Versailles. Non, assurément. Vous voyez qu’il y a ici une quantité de fontaines qui ne sont que de petites minuties. A Versailles, tout est dans le grand, tout porte le caractère de magnificence qui était le caractère particulier de Louis XIV ».

« Un goût qui s’épure et se francise », extrait du livre « Versailles » de Pierre Verlet, éditions Fayard, 1961, toujours disponible chez le même éditeur sous le titre « Le château de Versailles ».

:: Louvre pour tous | 29/09/2008 | 16:35 |

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