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Frédéric Mitterrand et Aurélie Filippetti dans le texte

Louvre pour tous | 19/05/2012 | 11:18 | 2 commentaires


Aurélie Filippetti a été nommée ministre de la Culture et de la Communication le 16 mai dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. La passation des pouvoirs s’est déroulée le 17 mai au matin devant le personnel de la Rue de Valois, dans un climat des plus amicaux et des plus litteraires. La nouvelle ministre, très émue, a offert à son prédécesseur, Frédéric Mitterrand, un livre d’Erri de Luca avec, pour dédicace, une citation de Carlos Fuentes : « La littérature est une blessure par où jaillit l’indispensable divorce entre les mots et les choses, par cette blessure nous pouvons perdre tout notre sang ».

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Capture d’écran

19.05.12 | MINISTÈRE DE LA CULTURE - Interventions de Frédéric Mitterrand et de Aurélie Filippetti, lors de la cérémonie de passation des pouvoirs le 17 mai 2012, Rue de Valois.

FRÉDÉRIC MITTERRAND
" Je voulais dire que c’est un jour de chance, c’est un jour de chance pour ce ministère et c’est un jour de chance pour madame la ministre de la Culture et de la communication. C’est un jour de chance pour ce ministère car il va y avoir dans ce ministère, à partir de maintenant, une ministre dont l’empathie pour le monde de la culture est connue depuis longtemps et notamment parce que la ministre est une artiste en elle-même, c’est-à-dire un écrivain, un écrivain de très grand talent et de très grande qualité et j’ai eu, pour ma part, le privilège de connaître Aurélie Filippetti il y a de cela une douzaine d’années à l’occasion de la publication de son premier livre que j’avais profondément admiré et, depuis ce temps là, nous avons continué à nous voir assez régulièrement. Ce fut d’ailleurs une parlementaire particulièrement émérite avec qui j’ai toujours eu des relations extrêmement agréables et extrêmement courtoises et je pense que tant son parcours remarquable d’écrivain que son parcours non moins remarquable de parlementaire fait que le Ministère de la Culture et de la communication peut être fier d’avoir une personnalité comme elle à sa tête.

Et c’est aussi un jour de chance pour Aurélie Filippetti, parce qu’elle se retrouve à la tête d’un ministère qui fonctionne remarquablement bien, servi par des agents, par une administration, par tout un ensemble de personnes qui y apportent un dévouement, un sens de l’Etat, une générosité, un engagement dans le travail remarquable. C’est de surcroît une institution totalement républicaine, où les uns et les autres ont sans doute exprimé de manière différente leurs opinions politiques, leurs convictions, leurs valeurs lors des dernières élections, mais qui, lorsqu’ils se trouvent au sein même de ce ministère, eh bien ne travaillent que pour l’Etat, que pour le bien public et dans la ligne de ce qui est préconisé et voulu par le ministre. Je m’aperçois que je dis tous ces mots un peu solennels et un peu émouvants, nous sommes émus Aurélie et moi."


AURÉLIE FILIPPETTI
"Cher Frédéric, monsieur le ministre, je suis émue – notamment par vos dernières paroles – mais émue aussi bien sûr de la responsabilité qui m’est confiée, celle du Ministère de la Culture et de la communication. Je sais à quel point ce ministère est intiment lié à une certaine idée que nous nous faisons de la France, de ses valeurs et de ce que nous voulons transmettre aux générations qui suivent, ce que nous voulons leur transmettre c’est le meilleur de ce qui nous a été légué en héritage par ceux qui nous ont précédés. Cette histoire, ce patrimoine, cette langue française à laquelle nous sommes s’y attachés, cette vitalité de notre création, c’est tout sauf un luxe, c’est tout sauf quelque chose de superflue, en particulier en ces temps de crise (crise financière, crise économique mais aussi crise morale et crise de la représentation). Si nous sommes ici réunis Frédéric Mitterrand et moi à cette tribune et vous qui êtes les piliers de cette politique culturelle depuis des années, depuis bien plus longtemps que nous deux encore, vous qui êtes ceux qui sont à la manoeuvre pour l’ensemble de nos concitoyens, si nous sommes réunis ici aujourd’hui c’est parce que nous croyons profondément que la culture c’est ce qui rassemble les individus, que la culture c’est cette rencontre quasi-miraculeuse entre la subjectivité d’un artiste dans ce qu’elle a de plus intime, de plus profond, de plus incommunicable et le partage, l’intersubjectivité, le fait qu’en exprimant ce qu’on a de plus intime eh bien on va toucher dans autrui ce qui relève de l’universel, c’est ce rapport entre l’intime et l’universel qui fait évidemment le miracle de l’art.

Et c’est pourquoi aujourd’hui je me permets de mêler à mon émotion intime et à la tienne aussi, cher Frédéric - je ne crois pas révéler un secret en disant que nous avons partagé ces moments ensemble dans ton bureau - cette émotion intime elle rejoint aussi un dessein plus large que nous, ce dessein politique, au sens le plus noble du terme, qui consiste et qui consistera pour moi à oeuvrer pour que la culture, pour que les arts soient accessibles au plus grand nombre, pour que tous les enfants de France et que pour tous les Français d’où qu’ils vivent, où qu’ils vivent, quelle que soit leur formation, leur parcours, leur cursus, quel que soit leur niveau d’études auquel parfois on le sait c’est aussi la malchance qui ne leur a pas permis d’atteindre, eh bien que tous les Français aient accès à ces merveilles de l’art et de la culture, à cette ouverture sur la curiosité des belles choses du monde.

Alors je voudrais vous remercier vous et vous dire à quel point je suis fière d’être à votre côté au sein de ce ministère, au sein de ces murs qui relèvent d’un héritage, nous sommes ici pour continuer à bâtir un avenir, je sais que c’est avec vous, avec tous les personnels du Ministère de la Culture et de la communication que nous oeuvrerons à cette politique. Et, tout d’abord je veux aussi rendre hommage à ceux qui m’ont précédée - il y a eu évidemment beaucoup de grands noms qui ont marqué l’histoire de cette maison - et Frédéric Mitterrand tu as inscrit ton nom au sein du Ministère de la Culture, alors je vais me permettre de te remettre un petit cadeau qui est un livre d’un écrivain italien que j’aime beaucoup : Erri de Luca, parce que nous partageons aussi l’amour de l’Italie, Erri de Luca… Voilà ! Un écrivain très contemplatif. Je t’ai mis une petite dédicace, parce que ce qui nous rapproche c’est non seulement notre amour de la culture mais notre certaine conception de la littérature et Carlos Puentes, qui vient de nous quitter, disait : « la littérature est une blessure par où jaillit l’indispensable divorce entre les mots et les choses, par cette blessure nous pouvons perdre tout notre sang »."

 :: Source : Ministère de la Culture et de la Communication

:: Louvre pour tous | 19/05/2012 | 11:18 | 2 commentaires

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EN COMPLÉMENT

AURÉLIE FILIPPETTI, L’AUTEURE
Aurélie Filippetti est née en 1973 en Meurthe-et-Moselle. Agrégée de lettres classiques, elle a enseigné comme professeur de lettres avant de se lancer en politique. Elle est l’auteure de deux romans :

« Les Derniers Jours de la classe ouvrière » par Aurélie Filippetti, 2003, éd. Stock, rééd. Livre de Poche

« Il y a six millions d’ouvriers en France aujourd’hui, six millions d’ouvriers dont plus personne ne parle. Qui racontera leur histoire, sinon leurs enfants, pour peu qu’ils aient eu la chance de faire des études, et de mesurer la distance qui les sépare désormais à tout jamais de leur milieu d’origine - ce mélange inédit de culture italienne, communiste, et ouvrière. Que ce soit la mine ou la sidérurgie, ce monde-là était solidaire, car « à la mine, un homme seul est un homme mort ». Personne, ou si peu, ne leur a rendu hommage, personne, ou si peu, n’a dit leur héroïsme quotidien - pourtant héros ils le furent, du travail, à huit cents mètres sous terre ou dans la fournaise du laminoir, de la guerre, de la résistance à la guerre d’Algérie. Héros enfin dans leur ultime combat contre l’assassinat programmé de leur région d’adoption, la Lorraine, où de plans sociaux en restructurations, plusieurs centaines de milliers d’emplois furent fracassés en vingt ans. Et les mines fermées. Les usines rasées. Ce roman vise à leur rendre une petite part de justice... » A.F Car il s’agit bien d’un roman qui porte un hommage juste et vibrant à la classe ouvrière du XXe siècle. À travers la figure centrale d’Angelo, rebaptisé Angel, fils d’immigrés italiens, ouvrier mineur pendant trente ans et maire communiste, se dessine le portrait de ces générations d’ouvriers frappés par l’exil, la guerre, les désillusions politiques et la récession économique. Et derrière, à leurs côtés, des épouses, des enfants, des collègues, toute une population cachée, sacrifiée, voire oubliée. Souvent honteuse. À qui l’auteur donne la parole."


« Un homme dans la poche » par Aurélie Filippetti, 2006, éd. Stock

« C’est l’histoire d’un amour. Un amour aujourd’hui évanoui, un amour perdu. Les écrivains écrivent toujours le même livre et la même histoire. Après Les derniers jours de la classe ouvrière, son premier roman tant remarqué par la critique, les libraires et les lecteurs, Aurélie Filippetti nous raconte une passion amoureuse. Après le récit de ses origines familiales, son exploration si précise du monde de la mine jusqu’à la fermeture de la dernière usine à Audun-le-Tiche, s’attaquer à une histoire d’amour qui semble aussi personnelle peut paraître tout à la fois risqué et terriblement éloigné de son univers. C’est tout le contraire. Risqué, bien sûr, car tout écrivain véritable prend des risques. Éloigné, pas le moins du monde, il semblerait même qu’il n’y ait pas de sujet plus proche de la condition ouvrière qu’une amour en région adultère. Il est marié, elle ne l’est pas. Il a deux enfants, elle élève seule sa petite fille. Ils vont s’aimer. Aurélie Filippetti montre comme encore personne ne l’a jamais fait qu’en amour aussi il y a une classe sociale. Le seul instant où les amants sont à égalité, une seule et même personne, c’est précisément quand ils sont nus, en train d’accomplir l’acte d’amour. Sinon, il y a toujours une supériorité, une domination, pas tant d’un homme sur une femme, ou l’inverse, mais la domination d’une classe sur une autre. Des origines donc, de l’éducation, des habitudes, chez l’un, tandis que, chez l’autre, une honte qui ne se dissipe pas, qui pourrait enfin s’effacer si l’être aimé renonçait à sa vie confortable pour vous emmener avec lui. Mais il ne renoncera pas, n’emportera pas la narratrice qui finit par garder cet homme dans la poche pour être sûre de ne pas l’oublier tout à fait. Le roman d’Aurélie Filippetti est déchirant, grâce et malgré sa beauté, sa crudité, son incandescence. Peu d’écrivains français sont parvenus à dire en un seul livre la vérité des corps tant humains que sociaux. »


DANS L’ÉMISSION 1 LIVRE 1 JOUR | 2006




VOS COMMENTAIRES


19.05.2012 | Louis |

Pourriez vous me dire le titre du livre d’Erri de Lucca offert par mme Filipetti à M Mitterand. Merci

Bernard Hasquenoph / Louvre pour tous, le 19/05/2012, à 17:35 |

Ce serait « Et il dit » qui vient de paraître, traduit de l’italien, aux éditions Gallimard.


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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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