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L’impossible gestion des files d’attente au Centre Pompidou

Bernard Hasquenoph | 20/12/2012 | 08:47 | 1 commentaire


L’affluence prévisible de l’exposition Dali a contraint l’établissement public à modifier ses conditions d’accès, pénalisant lourdement les visiteurs du musée, du fait du billet unique imposé à tous. Le personnel doit faire face aux récriminations et pour le public non prioritaire, la visite se transforme en un véritable parcours du combattant.

21.12.12 | MISE À JOUR - Au lendemain de cet article, la direction du Centre Pompidou annonce la mise en place d’un billet spécial « Musée » pour les fêtes. Du samedi 22 décembre 2012 au samedi 5 janvier 2013, un billet Musée est proposé au tarif de 10€ (tarif réduit 8€, mais pour qui ?!) disponible uniquement sur place, contre 13€ pour le billet unique (musée + expos). Ce billet donnerait un accès direct au musée, sans faire la queue dans le forum. Pourquoi ne pas avoir plutôt opté pour un billet Dali ? Mystère. Toujours est-il que cela nous donne entièrement raison. Le billet unique, à tous égards, est bien un très mauvais système qu’il faudrait supprimer tout simplement. Le fait même d’en suspendre le principe montre bien qu’il n’est pas justifié matériellement, ce qui, en l’espèce, est une preuve supplémentaire de son illégalité. Plus d’infos par la suite.

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Sur la mezzanine ©BH

20.12.12 | VOUS VOULEZ ALLER AU MUSÉE ? Tant pis pour vous, vous ferez la queue comme pour l’expo Dali. C’est la situation absurde que doivent subir en ce moment les visiteurs du Centre Pompidou, à Paris. Une situation d’autant plus injuste qu’il n’y a personne au 4ème niveau, à l’entrée du musée national d’art moderne, pas plus qu’à celle de l’exposition Bertrand Lavier, deux étages plus haut. Le coupable ? le billet unique de visite. Explications.

Devant l’affluence (prévisible) de l’expo Dali - une moyenne de 6700 visiteurs par jour, annonce le Centre -, les dispositions suivantes ont été prises depuis le 5 décembre : de 11h30 à 17h30, les publics, toutes visites confondues (musée, expos Dali et Lavier), doivent obligatoirement faire le tour du grand hall au rez-de-chaussée (le forum) avant d’accéder à la « chenille », les escalators extérieurs qui mènent aux étages. Ceci, afin « d’éviter pour le public une trop longue attente à l’extérieur » indique la note interne d’organisation. Ce qui, effectivement, a pu se produire certains jours, la file d’attente s’étirant, dehors, sur la piazza, dans le froid ou sous la pluie.

En clair, le visiteur non muni de billet doit faire une première fois la queue aux caisses (en imaginant qu’il ne l’a pas faite pour entrer dans le bâtiment). Ensuite, au lieu d’emprunter comme d’habitude l’escalator qui mène directement aux étages, il est contraint de prendre le chemin inverse et de monter l’escalator qui mène à la galerie Sud (là où se tiennent les expos Mircea Cantor et Adel Abdessemed qui, du coup, voient leur fréquentation augmenter artificiellement, des visiteurs s’y retrouvant par erreur). Il doit alors patienter dans la file d’attente qui longe le café sur la mezzanine. Au bout, il est arrêté une première fois. Puis, quand on lui en donne l’autorisation, il se retrouve dans une nouvelle file d’attente sur toute la longueur du bâtiment. C’est seulement quand il parvient à l’extrémité, au niveau de la sortie de la BPI, qu’il pourra prendre le chemin des escalators extérieurs, après avoir longé la galerie des enfants.

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Ultime file d’attente pour l’expo Dali ©BH

C’est alors, en parvenant au 4e étage, que le visiteur venu pour le musée - ou pour l’expo Voici Paris qui s’y tient - se rendra compte qu’il a attendu pour rien dans le hall puisqu’il n’y a aucune file d’attente à l’entrée ! Même chose au 6e étage pour l’exposition Bertrand Lavier. En revanche, le calvaire n’est pas terminé pour les visiteurs de la rétrospective Dali qui doivent faire à nouveau la queue, en deux temps, avant d’enfin parvenir à son seuil. Depuis la première file d’attente en bas, il se sera passé entre deux et trois heures, suffisamment pour que des personnes abandonnent la partie. Secondes victimes, les membres du personnel du Centre qui doivent subir la colère assez légitime de visiteurs qui ne s’attendaient pas à de telles conditions d’accueil, notamment les acheteurs de billets en ligne, majorés, qui le pensaient coupe-files - comme cela est écrit explicitement sur le site fnac.com, partenaire du Centre Pompidou - et qui découvrent sur place que non ! Ce qui s’appelle une information mensongère.

“Une heure et demi d’attente avec un billet coupe file”
Avis de Fabrice G. écrit le 3 décembre 2012 sur www.tripadvisor.fr
« Samedi 1er décembre nous arrivons comme pour les autres expositions un quart d’heure avant notre horaire indiqué sur notre billet coupe file et là horreur une file de 300 mètres réservée uniquement aux détenteurs d’un billet coupe file nous attend. Attente glacée à ce niveau d’incompétence pour un centre qui organise de grande expos depuis trente ans, c’est hallucinant du coup on a fait l’expo dépité au pas de course, dommage car elle vaut vraiment le coup ».

Pourquoi une situation aussi absurde ? Ce n’est pas la faute des responsables des publics et de la sécurité qui organisent au mieux l’accueil, compte-tenu des circonstances exceptionnelles. On notera également les efforts sur le site pour informer en amont les visiteurs de l’expo Dali, grâce au tableau des horaires conseillés.


Seul coupable, le billet unique imposé aux visiteurs depuis 2006, sous la présidence de Bruno Racine et reconduit par son successeur Alain Seban. Qu’est-ce donc ? Avant cette date, il était possible d’acheter un billet musée (7€) ou un billet expo (7€/9€) ou, si l’on souhaitait visiter l’ensemble, un billet couplé (10€) [1]. Depuis, quoi que l’on visite, on paie le même prix : 13€. Le système est illégal puisqu’il n’est pas conditionné par la configuration des lieux qui permet un accès et une circulation distincts des différents espaces. Il n’a d’autre but que de générer plus de recettes pour l’établissement - ce qui s’apparente à une forme de racket pour le visiteur/client - et entraîne des effets pervers que nous avons déjà dénoncé. En voilà un nouveau. Tous les visiteurs ayant le même billet, qu’elle que soit leur destination de visite, bien obligé de les traiter en un seul bloc, comme un troupeau. Alors qu’encore une fois, la configuration des lieux permettrait de les distinguer facilement et de gérer leur temps d’attente en conséquence.

UN TRI PARMI LES PUBLICS PRIORITAIRES
Mais tous les publics ne sont pas logés à la même enseigne puisqu’en pénétrant dans le bâtiment, le visiteur découvre un panneau lumineux indiquant que les publics prioritaires peuvent emprunter le chemin le plus court, en se rendant directement vers la chenille, évitant la file d’attente qui fait le tour du Forum. La liste ne concerne pas seulement des catégories socio-professionnelles comme dans tous les musées nationaux mais aussi des bénéficiaires d’entreprises privées (Sotheby’s, Paris Première).

Liste des visiteurs prioritaires dans le forum
(Note de la Direction des publics, Direction du bâtiment | 05.12.12)

- Groupes avec réservation
- Adhérents du Centre Pompidou
- Visiteurs en situation de handicap et leur accompagnateur
- Amis du musée national d’art moderne (MNAM)
- Guides-conférenciers régionaux et nationaux
- Journalistes
- Membres de Conseil international des musées (ICOM), CINAM, de l’Association internationale des critiques d’art (AICA)
- Adhérents à Sotheby’s
- Détenteurs de la carte VIP Paris Première 25 ans
- Personnels du ministère de la Culture (Carte Culture)
- Détenteurs du billet « Vue de Paris » (billet permettant d’accéder aux étages supérieurs sans accès au musée, ni aux expos)
- Visiteurs munis d’un billet Musée exonéré (théoriquement les moins de 26 ans, les enseignants, les demandeurs d’emploi, les allocataires de minima sociaux, les artistes)
- Visiteurs munis d’un Paris Museum Pass (formule à destination des touristes, qui ne donne pas accès aux expositions)


Mais parvenus à l’étage de l’expo Dali, certains visiteurs prioritaires au rez-de-chaussée découvrent qu’ils ne le sont plus en haut. Ils doivent faire la queue comme tout le monde, contrairement aux bénéficiaires des entreprises privées. Pas très service public. C’est le cas des demandeurs d’emploi, des allocataires de minima sociaux ou des personnels du ministère de la Culture (contrairement aux conditions énoncées sur l’Intranet même du ministère ! Voir plus bas), des demandeurs d’emploi, des allocataires des minima sociaux, des moins de 26 ans, des enseignants... C’est ce que suggère une autre note interne datée du 21 novembre qui dresse la liste des seuls visiteurs prioritaires à ce niveau.

Liste des visiteurs prioritaires en cas de file d’attente dédiée au niveau 6
(Note de la Direction des publics | 21.11.12)

- Groupes
- Adhérents du Centre Pompidou
- Visiteurs en situation de handicap et leur accompagnateur
- Amis du musée national d’art moderne (MNAM)
- Journalistes
- Membres de Conseil international des musées (ICOM), CINAM, de l’Association internationale des critiques d’art (AICA)
- Adhérents à Sotheby’s
- Détenteurs de la carte VIP Paris Première 25 ans


MAUVAISE IDÉE
Dans de telles conditions, était-il raisonnable d’accueillir une rétrospective comme Dali au Centre Pompidou, entravant pendant plusieurs mois l’accès au musée et à certaines autres expositions. D’autant que l’affluence était prévisible, tout le monde ayant en tête le succès de la rétrospective Dali de 1979-80 au même Centre Pompidou, l’exposition la plus courue de toute son histoire avec 840 662 visiteurs en quatre mois, 1 250 000 si l’on y inclut les visiteurs du 1er sous-sol du Forum où elle se prolongeait [2]. Comment le public a-t-il été géré à l’époque ? On ne le sait mais on peut supposer qu’une file d’attente spécifique était prévue, le billet d’entrée à l’expo étant distinct de celui du musée. L’expo actuelle, d’une même durée, est, pour l’instant, inférieure en moyenne de visiteurs par jour (6700 contre 8083 à l’époque) mais l’extension des horaires en nocturne pourrait changer la donne [3]. Le président Seban pourra alors crier au triomphe dans les médias, un triomphe bien douloureux pour les visiteurs comme pour les personnels, ce dont personne ne parlera.

:: Bernard Hasquenoph | 20/12/2012 | 08:47 | 1 commentaire

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VOS COMMENTAIRES


8.02.2013 | Verrick |

Nous ne pouvons malheureusement que confirmer cet article par notre expérience personnelle lors de la visite, le 7 Février dernier, de la rétrospective Dali. Nous ajouterons ce commentaire : il est très désagréable, alors que vous êtes des seniors attendant debout depuis plus d’une heure dans les différentes files d’attente, de vous voir « doubler » en se succédant par les fameux « groupes » qui vont non seulement vous « permettre » de patienter quelques quarts d’heure supplémentaires, mais aussi vont constituer des blocs compacts et impénétrables stationnant longuement devant les œuvres et obligeant donc les visiteurs « dégroupés » (synonyme de « ceux qui paient plein tarif »), à zigzaguer dans l’exposition, au mépris de la présentation chronologique.

Le centre Pompidou ne pourrait-il limiter à certaines heures ou jours de la semaine, la visite par ces groupes, en informant les visiteurs individuels de ce calendrier ?


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NOTES

[1] Tarifs appliqués en 2005.

[2] Du 18 décembre 1979 au 14 avril 1980.

[3] Du 21 novembre 2012 au 25 mars 2013.



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UNE CITATION, DES CITATIONS
« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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