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La RGPP ferme des salles au Centre Pompidou

Bernard Hasquenoph |

Louvre pour tous | 2/10/2010 | 11:29 |


Les suppressions d’emplois exigées par Nicolas Sarkozy dans la fonction publique entraînent au Musée national d’art moderne une fermeture partielle des salles, pénalisant ainsi le public

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Robe de chair de Jana Sterbak ©BH

02.10.10 | C’ÉTAIT PRÉVISIBLE mais pas si tôt. Une note interne du Centre Pompidou à laquelle nous avons eu accès informe le personnel que des salles du niveau 4 du Musée national d’art moderne sont fermées au public depuis le 27 septembre, par roulement, pour en atténuer le désagrément. Chaque jour, les visiteurs se voient ainsi privés d’une des six sections de l’accrochage elles@centrepompidou qui présente, depuis mai 2009, une sélection de 500 oeuvres issues des collections permanentes du musée avec la spécificité d’avoir été créées par des femmes. Le niveau 5 qui accueille les collections modernes et contemporaines disons générales ou historiques du musée, n’est pas touché par ces nouvelles dispositions prévues pour l’instant jusqu’à la fin de l’année. Si l’accrochage thématique avait été autre, on suppose qu’il en aurait été de même mais le fait qu’on sacrifie prioritairement les femmes fait, avec et sans jeu de mots, un peu mauvais genre. C’est le syndrome Juppettes appliqué au musée. Bref.

La note de la direction indique que cette décision pénalisante pour le public est liée à une compression du personnel, directement en rapport avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP) enclenchée par Nicolas Sarkozy dès son arrivée au pouvoir en 2007. Cette réforme a pour volonté de « moderniser » la fonction publique en la dégraissant, au rythme du non remplacement d’un départ à la retraite sur deux [1]. Un plan de licenciement massif par annulation de nouveaux recrutements.

Pour une institution comme le Centre Pompidou, les effets de cette mécanique absurde sont particulièrement sévères compte tenu de la pyramide des âges de ses 1100 employé-e-s pour beaucoup là depuis l’ouverture en 1977. Plus de la moitié ont aujourd’hui plus de 50 ans. Et, souvenons-nous en, c’est la perspective d’une diminution de 400 postes en dix ans qui avait entraîné, à la fin de l’année 2009, la grève qui immobilisa le Centre durant trois semaines. La seule concession de Matignon, le ministère de la Culture dans cette affaire ne comptant pour rien, avait été d’accepter de n’y supprimer en 2010 que 18 postes au lieu de 26 [2].

On y est. Et cette contrainte, qui s’alourdira en 2011 avec 16 postes encore en moins, a obligé la direction à revoir son organisation du personnel et à trancher dans le vif. Si les emplois permanents sont pour l’instant épargnés, ce sont les non-permanents (contrats de remplacement, occasionnels, de renfort, etc.) qui font les frais de la réforme guillotine. On parle, dans les couloirs, de 7000 heures de vacations supprimées. Et le secteur le plus touché est celui de la direction des publics « dont l’activité génère une consommation importante de crédits de vacation, notamment au service de l’accueil » précise la note. En effet, les derniers vacataires embauchés pour remplir cette fonction se sont vus remerciés juste après avoir été formés. Avec donc maintenant pour répercussion, la fermeture par roulement des salles du niveau 4 du musée.

Cette situation qui ne pourra aller qu’en s’empirant, au Centre Pompidou comme ailleurs, marque une véritable régression en matière d’accessibilité du public dans les musées et monuments quand on pense par exemple aux efforts continus du Louvre depuis dix ans pour lutter contre ce problème endémique des salles fermées, phénomène qui touche également un monument aussi prestigieux que le Château de Versailles en sous-effectif chronique [3].

Rappelons que la RGPP est censée « apporter à l’amélioration de la qualité du service rendu aux citoyens une attention quotidienne » comme on peut le lire dans le dernier édito en ligne du ministre du Budget François Baroin en charge du dossier. Mieux, pour le ministère de la Culture, la RGPP vise à « améliorer l’efficience de la politique culturelle, afin de mieux prendre en compte les attentes des publics, des artistes et des professionnels » [4]. Effectivement, au Centre Pompidou, le public attendra l’ouverture des salles d’un jour sur l’autre et les artistes - uniquement femmes - qu’on puisse contempler leurs oeuvres. Merci la RGPP.

ELLES@CENTREPOMPIDOU AU MUSÉE NATIONAL D’ART MODERNE



:: Bernard Hasquenoph |

:: Louvre pour tous | 2/10/2010 | 11:29 |

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NOTES

[1] « Lancée dès l’été 2007, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, la révision générale des politiques publiques (RGPP) est une réforme de l’Etat sans précédent... » indique le site Internet gouvernemental qui lui est dédié : www.rgpp.modernisation.gouv.fr.

[2] « Au Centre Pompidou, vingt-quatre jours de fermeture complète... pour rien » par Clarisse Fabre, LE MONDE | 18.12.09.

[3] Henri Loyrette, président du musée du Louvre, revendique, dans le rapport d’activité 2008, « un taux d’ouverture des salles dépassant les 90% » rappelant qu’il était de 75% en 2000.

[4] « RGPP, deuxième rapport d’étape », ministère de la Culture | mai 2009.



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