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Le Domaine de Marie-Antoinette en vase clos

Bernard Hasquenoph |

Louvre pour tous | 18/08/2012 | 09:55 | 1 commentaire


Faute de personnels, les espaces entrouverts en 2006 dans cette partie du domaine de Versailles ne le sont quasi plus. Mais le tarif d’entrée élevé est inchangé et l’ensemble reste fermé le matin quand, de son côté, le Château souffre de trop de monde.

18.08.12 | ON SE SOUVIENT qu’en 2006, la présidente de l’établissement public de Versailles de l’époque, Christine Albanel, secondée de son administrateur Christophe Tardieu, justifiait la création du « Domaine de Marie-Antoinette » (Trianon) à 1,5 km du Château par l’ouverture d’espaces inédits [1]. En réalité, après une tentative de rendre payants les Jardins autour du Château, abandonnée parce que pas assez rentable, c’était une façon de commercialiser une autre zone du domaine de Versailles, gratuite jusque là car d’inédit il n’y avait pas grand chose [2]. Juste quelques fabriques et bâtiments entrouverts en haute saison, à l’intérieur visible depuis de très laides rambardes de plexiglas. Son successeur Jean-Jacques Aillagon, aidé de Denis Berthomier (devenu depuis conseiller Culture du Premier ministre Jean-Marc Ayrault), renforça le dispositif commercial en augmentant les tarifs, supprimant la réduction de fin d’après-midi et fermant toujours plus Trianon à la visite.

Désormais, impossible de s’y rendre le matin. Quelle qu’en soit la saison, on y trouve désespérément portes closes, superbe manière de rendre accessible un lieu chargé d’histoire et une des plus agréables promenades de Versailles. Et décision des plus intelligentes puisque bien souvent au même moment, on piétine dans des files d’attente interminables à l’entrée du Château, les visiteurs qui le souhaiteraient ne pouvant commencer leur journée par Trianon. Pas très téméraires pour assumer leur politique mercantile, l’un à la télé et l’autre à la radio iront jusqu’à affirmer que l’accès au Hameau n’avait jamais été gratuit, ce qui est totalement faux.

Le seul moment où les jardins du Petit Trianon ont été payants c’est après la Révolution quand le domaine a été loué à des particuliers, devenant durant quelques années « une vulgaire hôtellerie » selon l’expression d’un visiteur anglais et un café [3]. Une gestion de boutiquier qui n’est pas sans rappeler certaines dérives actuelles. Si le « Domaine de Marie-Antoinette » est fermé le matin, ce serait par manque de personnel. Pourtant il y aurait une solution toute simple : en décaler les horaires d’ouverture ou, au moins, rendre à ses jardins leur gratuité originelle, ce qui désengorgerait en partie le château. Mais, à Versailles, souhaite-t-on le confort du visiteur ou simplement son argent ? La réponse est évidente.

MOINS D’ESPACES OUVERTS
Aujourd’hui, Catherine Pégard a hérité du poste de présidente de l’établissement public, Thierry Gausseron vient de la rejoindre comme administrateur général et force est de constater que la situation se dégrade encore puisque les rares espaces inédits du « Domaine de Marie-Antoinette » ne sont quasiment plus ouverts. Faute d’effectifs suffisants nous a-t-on dit lors d’une visite au mois d’août décidément bien décevante. L’équipe chargée d’ouvrir les lieux et de les surveiller aurait été supprimée.

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Hameau de la Reine | août 2012 © Bernard Hasquenoph

Si la promenade dans ces jardins historiques impeccablement entretenus reste toujours aussi magique, impossible de voir l’intérieur du Pavillon français dont les volets restent fermés. On ne fait plus un pas dans le Belvédère tout juste restauré (ses fresques intérieures se laissent néanmoins apprécier à travers ses portes vitrées d’où l’on peut apercevoir aussi un morceau de rambarde toujours en place). La salle du théâtre de la Reine ne s’admire plus que derrière une porte vitrée du meilleur goût. On ne pénètre plus non plus dans la Grotte dont la grille est verrouillée. Une porte obstrue la vue sur les marbres intérieurs de la Laiterie de propreté... Si les indications d’ouverture de ces espaces ont été modifiées sur le plan général du domaine distribué aux visiteurs de sorte qu’ils ne puissent rien trouver à redire (« Toute l’année »... « sauf fermeture exceptionnelle » précise un astérisque) ainsi que sur le site Internet (« Espaces ouverts à la visite (sous réserve de modifications) »), ce n’est pas le cas à l’entrée du Petit Trianon où il est toujours indiqué faussement que ces espaces sont accessibles en haute saison [4]. Seule rescapée, la chapelle en début de parcours.

Pendant ce temps, au bord du lac, la Maison de la Reine continue de pourrir sur place, sa restauration pourtant urgente dépendant du bon vouloir d’un mécène. Mais soyons sûr que Mme Pégard le dénichera, elle qui a réussi l’exploit d’en trouver un pour le Bassin de Latone, une urgence depuis au moins 2003, cuisant échec de ses prédécesseurs. Malgré ces restrictions d’accès, le prix d’entrée au MarieAntoinetteLand, lui, n’a pas baissé. Entre 10 et 25 € selon la formule. Le slogan de Mme Albanel était : « Montrer plus et montrer mieux Versailles » [5]. Celui de la nouvelle présidente sera-t-il : « Montrer moins mais toujours aussi cher » ?

 :: Pour visiter Versailles dans les « moins pires » conditions : cliquez ici.

ESPACES FERMÉS AU DOMAINE DE MARIE-ANTOINETTE


QUAND ILS ÉTAIENT OUVERTS...


:: Bernard Hasquenoph |

:: Louvre pour tous | 18/08/2012 | 09:55 | 1 commentaire

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VOS COMMENTAIRES


29.08.2013 | Romain |

Bonjour Et vous ne parlez pas de l’attique du Petit Trianon pour lequel à l’époque la presse avait salué l’ouverture...enfin visible..lisait-on !. Aujourd’hui, bravo si vous parvenez à le visiter ! De même qu’au château les cabinets du roi et de la reine, et les petits appartements à l’étage supérieur . Impossible de se renseigner au téléphone, on ne sait pas à l’avance s’il y aura des visites et à quelle heure... Presque impossible de visiter l’opéra de Gabriel...Quand je pense à tous les groupes qui se pressaient dans tout ces lieux il y a encore une dizaine d’années... Bien à Vous,


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NOTES

[1] « Ce site était sous-fréquenté. Sur quatre millions de visiteurs payants par an, 300 000 seulement s’y rendaient. Au fond, les gens étaient un peu perdus. Et puis quantité d’endroits, comme la Grotte, étaient inaccessibles. » Christine Albanel, LE FIGARO | 15.10.07.

[2] Les Jardins autour du Château, appelés également Petit Parc, ont été payants de 2002 à 2006, ce qui entraîna de vives protestations de la part des Versaillais mais c’est surtout pour des raisons économiques que l’établissement y renonça, « les revenus [étant] trop faibles au regard des coûts de fonctionnement » (Rapport d’activité 2006). La CGT établit un lien entre le rétablissement de la gratuité dans une zone et la commercialisation d’une autre : « La Présidente décide de revenir sur la mise en paiement du petit parc, il sera à nouveau gratuit pour la saison 2006 ( ce qui correspond à la demande des versaillais). Par ailleurs, le dispositif se déportera au hameau de la Reine avec le pôle Marie-Antoinette. En clair on rétablit la gratuité au petit parc, pour instaurer le paiement sur le pôle Marie-Antoinette ! » (CGT Versailles, Trait d’union n°23, mai 2005).

[3] J.-G. Lemaistre, 1802.

[4] De la même façon, l’attique et l’entresol du Petit Trianon qui, lors sa réouverture après restauration en 2008, devaient être accessibles, ne le sont que très rarement : accès inclu dans deux visites-conférences seulement en six mois (6 juillet et 28 septembre 2012).

[5] Rapport d’activité 2005 du Château de Versailles.



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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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