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Musée d’Orsay, vente forcée, visite pas assurée

Bernard Hasquenoph | 30/01/2014 | 21:37 |


En janvier, le musée d’Orsay a augmenté son tarif d’entrée de 20%, imposant un billet unique musée + expo, sans garantie d’accès. Une formule juridiquement douteuse validée par le ministère de la Culture, et qui, sur le terrain, va aggraver les conditions de visite et le travail des personnels.

INFO REPRISE DANS LE MONDE  : « Augmente ou crève » par Michel Guerrin | 31.01.14 et « Guy Cogeval mène le Musée d’Orsay à la baguette » par Roxana Azimi et Harry Bellet | 20.02.14

30.01.14 | JAMAIS MUSÉE NATIONAL n’aura poussé le cynisme tarifaire aussi loin. Depuis le 3 janvier 2014, le musée d’Orsay a supprimé les billets distincts Musée (9€) et Grande expo (12€) pour un billet unique à 11€, même hors grande expo [1]. En clair, que vous souhaitiez voir l’un ou l’autre, vous paierez pour les deux, l’accès au musée augmentant de plus de 20%. L’établissement avait déjà tenté le coup en 2009 avant d’y renoncer. Même chose au musée de l’Orangerie qui lui est rattaché, avec un billet unique désormais à 9€, formule déjà testée l’année dernière un euro plus cher, pendant l’exposition « Frida Kahlo / Diego Rivera » [2]. Bien sûr, aucune communication n’a été délivrée en direction du public, ni envers la presse.

Juridiquement douteuse, cette formule de forfaitisation a déjà été imposée au Château de Versailles et au Centre Pompidou. Mais, ici, l’établissement public fait encore plus fort que ses confrères car le visiteur n’est même pas sûr de pouvoir accéder à la prestation payée. En effet, sur le site du musée, on peut lire ceci : « Ce billet donne accès aux collections permanentes, et aux expositions temporaires, dans la limite des places disponibles ». Dans la limite des places disponibles ? une mention généralement réservée aux manifestations gratuites ! Et pour cause, payer sans avoir la garantie de pouvoir obtenir ce qu’on achète, est-ce vraiment légal ? On en doute. Pourtant, la décision a été validée par le ministère de la Culture au plus haut niveau, à la Direction générale du patrimoine - Service des musées de France (DGP-SMF) dont la représentante, Marie-Christine Labourdette pour ne pas la nommer, siégeait au conseil d’administration de l’établissement quand la décision a été prise le 28 novembre 2013. Sur 14 membres, tous ont approuvé la nouvelle tarification - représentants de l’Etat, conservateurs, personnalités nommées en raison de leur « compétence » (dommage, la représentante de Coca-Cola était absente) -, à l’exception des deux élus des personnels, CGT et liste indépendante. En matière tarifaire, au musée d’Orsay, la décision finale revenant statutairement au président d’établissement, Guy Cogeval a tranché.

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Capture d’écran, site du musée d’Orsay | 30.01.14

La formule du billet unique est, en soi, déjà scandaleuse et la CGT Culture du musée d’Orsay, première organisation représentative des personnels au sein de l’établissement, a raison de dénoncer dans ses tracts une « vente forcée » car cela contrevient bien au Code de la consommation auquel tout musée est soumis en tant que prestataire de services de loisirs [3]. L’article L 122-1 interdit ce qu’on nomme en droit une « vente subordonnée » - c’est-à-dire vendre de force, ensemble, plusieurs produits distincts - et on ne voit pas, dans ce cas, l’exception ou motif légitime qui la justifierait. L’intérêt du « consommateur » ? Dans un souci de démocratisation si chère à Aurélie Filippetti, l’accès aux collections permanentes doit être favorisé. Augmenter toujours plus leur billet d’entrée n’est pas vraiment un encouragement. D’ailleurs, selon la CGT Culture, c’est ce qu’auraient rappelé certains membres du conseil d’administration, recommandant de « ne pas perdre de vue l’objectif de démocratisation culturelle, d’accessibilité du service public aux démunis ». Peine perdue. Les contraintes matérielles ? Il n’y en a pas puisque jusque là, le musée d’Orsay a pu gérer des espaces parfaitement séparés. Rien ne vient donc justifier cette exception au droit de l’usager-consommateur de choisir ce qu’il achète.

La raison est uniquement d’ordre financier, de toute évidence, le but étant prosaïquement d’augmenter les recettes, sur le dos des visiteurs. « Pour la Direction du M’OO, ces augmentations compensent la baisse de la subvention d’État et permettent d’atteindre, écrit-elle : “le juste prix”. Jusqu’à 2015... », note le syndicat qui dénonce une augmentation de 20 % sur trois ans, soit cinq fois plus que l’inflation. Sur 10 ans, le billet d’entrée au musée d’Orsay a même augmenté de 60% !

2000 2002 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2014
TP 6,10€ 7€ 7,50€ ... 8€ 9,50€* 8€ ... 9€ 11€
TR 4,60€ 5€ 5,50€ ... ... ... ... ... 6,50€ 8,50€
Évolution des tarifs plein et réduit au musée d’Orsay / *En 2009, le musée d’Orsay tenta d’imposer un billet unique musée + expositions, supprimé en février 2010.

Si le musée d’Orsay prend la précaution de rajouter la mention litigieuse, « Dans la limite des places disponibles », c’est que, sur le terrain, la situation va être très difficile à gérer pour le personnel. La CGT prédit une aggravation du phénomène des files d’attente, notamment à l’entrée de la grande expo puisque tous les visiteurs pourront y prétendre, et des problèmes liés aux billets achetés à l’avance, horodatés et prioritaires « toujours difficiles à faire respecter, surtout en cas d’affluence ». Le syndicat s’interroge à juste titre : « Comment les 12 000 visiteurs par jour en moyenne qui vont acheter un billet incluant l’accès à l’exposition pourront-ils accéder à l’expo RC dont la jauge de sécurité est limitée à 4000 visiteurs par jour (400 à l’instant T) ? Cela fait potentiellement 8000 visiteurs par jour mécontents et frustrés, auxquels les personnels postés devront se confronter. Idem à l’Orangerie où 3500 visiteurs par jour en moyenne pourront prétendre à accéder à l’expo où 150 visiteurs à l’instant T sont autorisés (...) Bon courage ! ». A cela, la direction aurait rétorqué : « Les agents ont été formés à la gestion de conflits, ils sauront faire face. ». Rompez. Personnels et visiteurs du musée d’Orsay, tous victimes.

:: Bernard Hasquenoph | 30/01/2014 | 21:37 |

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NOTES

[1] En réalité, le billet Grande expo était un billet Musée majoré, c’est-à-dire qu’il permettait de visiter la grande exposition et le musée. Ceci était justifié par le fait qu’il fallait entrer dans l’espace du musée pour accéder à celui de l’exposition. Les petites expositions dispersées dans le musée faisaient partie, pour les mêmes raisons pratiques, du billet Musée.

[2] En 2012, les tarifs au musée de l’Orangerie étaient de 7,50€ pour le musée, 10€ pour l’expo + musée.

[3] « Développement commercial : turbo drive ! - Compte rendu du Conseil d’administration du M’OO du 28 novembre 2013 » et « De l’augmentation des tarifs à la vente forcée - Compte rendu du Conseil d’administration du 27 juin 2013 ».



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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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