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La Joconde de Marseille, un conte de fées urbain

Bernard Hasquenoph |

Louvre pour tous | 23/09/2010 | 22:53 |


Une oeuvre street art, adoptée par ses riverains, est presque devenue un enjeu de politique locale

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23.09.10 | C’EST UNE HISTOIRE à épisodes. Un conte de fées urbain. Sous un pont gris béton de Marseille - le passerelle Saint-Lazare dans le 3e arrondissement -, une reproduction encadrée d’une Joconde avait été scellée il y a plusieurs années par une main inconnue à deux trois mètres du sol. Jamais délogée, les habitants du quartier l’avaient adoptée et, bien que délavée, elle était devenue comme une amie bienveillante dans cette zone de passage bruyante et poussiéreuse.

Mais pendant l’été 2010, d’importants travaux de réaménagement de la ZAC Saint-Charles liés au plan de revalorisation de la capitale phocéenne Euroméditerranée allaient faire disparaître l’ensemble par dynamitage. Des riverains s’inquiétèrent pour le devenir de leur Mona Lisa et trouvèrent une oreille compréhensive auprès de leur maire d’arrondissement Lisette Narducci qui tomba sous le charme de « ce petit grain de folie artistique » [1]. L’élue, également vice-présidente PS du Conseil général des Bouches-du-Rhône, négocia auprès des responsables du chantier pour récupérer ce morceau de « patrimoine local », ce qu’elle obtint.

Mais elle ne s’arrêta pas là et séduite par l’idée de confronter l’art à la rue, lança un appel par la chaîne de télévision régionale LCM afin de retrouver l’auteur ou les auteurs de l’acte. Comme par miracle, dès le lendemain, une dame prit contact avec la maire arty qui s’empressa de révéler au journal La Provence le fin mot de l’histoire : « C’est son fils qui a réalisé cet accrochage, avec un ami marin-pompier, en 2005. En fait, ils avaient dispersé de nombreuses reproductions de toiles de maîtres à travers la ville, mais toutes ont disparu à part la Joconde » [2].

Ce fils c’est Jean Frizzi, architecte depuis exilé à Paris. Et son ami Clément Debernardi, tous deux aux physiques impressionnants, tatoués et tout en muscles, loin des élèves grunges des Beaux-Arts qu’on aurait pu imaginer en auteurs de ce happening poétique. Les camarades du collectif FDC - pour Fils du Calvaire - entendaient amener le grand art dans la rue sans chercher à se faire connaître. Un cadeau. « Vu que les gens rentrent rarement dans les musées, on essaie de ramener le musée à eux » explique maintenant Clément.

Lisette Narducci a tilté sur leur démarche street art. Pour 2013 qui verra Marseille sacrée capitale européenne de la culture, les deux jeunes hommes lui ont proposé de créer un parcours de tableaux dans la ville, idée que la maire a aussitôt accepté au point, en bonne politicienne, de s’en attribuer la paternité. La Joconde qui a atterri dans son bureau, est presque devenue un enjeu de politique locale si l’on en croit la mise-en-scène qui l’a vu être présentée officiellement à la presse, le 7 août dernier, en marge du dynamitage du pont où tous les élus se sont pressés comme pour un feu d’artifice, Jean-Claude Gaudin en tête. Guy Tessier, député UMP et président d’Euroméditerranée, « s’est réjoui d’avoir sauvé la Joconde du foudroyage » rapporte La Provence [3]. Les FDC, eux, ont déjà (re)-commencé leur action de démocratisation culturelle sauvage. Ils ont scellé, de nuit, sous les caméras de LCM, une soupe Campbell Warhol rue Saint-Ferréol.

 :: A VISIONNER DANS L’ORDRE | LCM ::



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Lettre d’information Mairie 2&3° Marseille | 09.10 ©DR
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La Provence | 08.08.10 ©DR

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:: Louvre pour tous | 23/09/2010 | 22:53 |

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NOTES

[1] Lettre d’information n°23 Mairie Marseille 2 & 3° | 09.10 (lire ci-dessus).

[2] « Le mystère de la Joconde de l’A7 élucidé » par Delphine Tanguy, LA PROVENCE | 22.07.10.

[3] LA PROVENCE, le fait du jour | 08.08.10 (lire ci-dessus).



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