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L’ouverture des Tuileries au public sauvée par Charles Perrault

Louvre pour tous | 4/05/2009 | 08:00 |


Nous publions ce document à l’occasion de notre article « Jardins de Versailles, trois siècles de gratuité »

« Je suis persuadé que les jardins des Rois ne sont si grands et si spacieux, qu’afin que tous leurs enfants puissent s’y promener. »
Charles Perrault, Mémoires

CHARLES PERRAULT (1628 – 1703) est une figure incontournable du Grand Siècle. Protégé de Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV, il en est le porte-parole à l’Académie française, cœur de la vie littéraire et artistique de son temps. Auteur prolifique, frère de l’architecte Claude Perrault, il fut également contrôleur général des Bâtiments.

Dans ses Mémoires, Charles Perrault raconte comment il a convaincu Colbert de maintenir le jardin royal des Tuileries ouvert au public après sa restructuration par Le Nôtre achevée vers 1671. Ce texte est d’autant plus intéressant qu’il nous donne une idée de l’attachement du peuple aux Jardins du roi, son respect et les usages qu’il en faisait :

« Résolution de fermer le jardin des Tuileries non exécutée - Quand le jardin des Tuileries fut achevé de replanter, et mis dans l’état où vous le voyez : »Allons, me dit-il, aux Tuileries en condamner les portes. Il faut conserver ce jardin au Roi, et ne le pas laisser ruiner par le peuple, qui en moins de rien, l’aura gâté entièrement".

La résolution me parut bien rude et fâcheuse pour tout Paris. Quand il fut dans la grande allée, je lui dis : « Vous ne croiriez pas, Monsieur, le respect que tout le monde jusqu’au plus petit bourgeois, a pour ce jardin. Non seulement les femmes et les petits enfants ne s’avisent jamais de cueillir aucune fleur, mais même d’y toucher ; ils s’y promènent tous comme des personnes raisonnables. Les jardiniers peuvent, Monsieur, vous en rendre témoignage : ce sera une affliction publique de ne pouvoir plus venir ici se promener, surtout à présent que l’on n’entre plus au Luxembourg [1] ni à l’hôtel de Guise. »

« Ce ne sont que des fainéants qui viennent ici  », me dit-il. « Il y vient, lui répondis-je, des personnes qui relèvent de maladie, pour y prendre l’air ; on y vient parler d’affaires, de mariages et de toutes choses qui se traitent plus convenablement dans un jardin que dans une église, où il faudra à l’avenir se donner rendez-vous. Je suis persuadé, continuai-je, que les jardins des Rois ne sont si grands et si spacieux, qu’afin que tous leurs enfants puissent s’y promener. »

Il sourit à ce discours, et dans ce même temps la plupart des jardiniers des Tuileries s’étant présentés devant lui, il leur demanda si le peuple ne faisait pas bien du dégât dans leur jardin. « Point du tout, Monseigneur, répondirent-ils presque tous en même temps, ils se contentent de s’y promener et de regarder. »

« Ces Messieurs, repris-je, y trouvent même leur compte, car l’herbe ne croît pas si aisément dans les allées. » M. Colbert fit le tour du jardin, donna ses ordres , et ne parla point d’en fermer l’entrée à qui que ce soit. J’eus bien de la joie d’avoir en quelque sorte empêché qu’on n’otât cette promenade au public. Si une fois M. Colbert eût fait fermer les Tuileries, je ne sais pas quand on les aurait rouvertes. Cette dureté aurait été louée de toute la Cour, qui ne manque jamais d’applaudir au ministre, particulièrement quand il paraît y avoir du zèle pour le plaisir du prince.« Charles Perrault
 »Mémoires de Charles Perrault, de l’Académie française et premier Commis des bâtiments du Roi contenant beaucoup de particularités et d’anecdotes intéressantes du ministère de M. Colbert ", 1759, Livre IV, page 186

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Le jardin des Tuileries en 1680, par Pérelle © DR

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NOTES

[1] Les jardins du Luxembourg, sans avoir le statut de jardin royal, furent, au cours de leur histoire, largement ouverts au public, avec des épisodes de fermeture comme ici.



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