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L’accès à la Culture n’est ni une marchandise ni un privilège

Louvre pour tous | 15/01/2005 | 15:23 |


Le 15 janvier 2005, Louvre pour tous participa, avec de nombreuses organisations, à une manifestation devant la pyramide du Louvre pour dénoncer la marchandisation du musée et les changements de tarification dont la suppression de gratuités catégorielles. Voici le texte commun aux signataires.

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Manifestation au Louvre le 15 janvier 2005
© Louvre pour tous

15.01.2005 | LE LOUVRE UTILISE largement son autonomie tarifaire pour mener une politique de plus en plus mercantile. Non seulement, en février 2004, le prix d’entrée augmentait de 13% - ce qui fait du Louvre l’un des musées les plus chers au monde -, le tarif réduit accordé après 15h et le dimanche disparaissait, mais, depuis 1er septembre, la direction de l’Établissement a réduit de manière drastique l’accès gratuit aux collections qu’elle est censée présenter au plus grand nombre dans le cadre de ses missions de service public.

Les enseignants, les artistes et les étudiants en art de plus de 26 ans ou étrangers en sont les premières victimes. Il existe pourtant des raisons objectives pour justifier leur libre accès aux musées : devoir de transmission, d’éducation, formation continue, artistique et professionnelle, etc. qui étaient reconnus depuis longtemps comme indispensables à un travail de démocratisation de la culture.

Dans le même temps, la gratuité est donnée à des milliers de salariés d’entreprises mécènes du Louvre (30 800 salariés du Crédit Lyonnais jusqu’en 2009, les 3 800 d’Accenture jusqu’en 2006, les 100 000 d’Ernest & Young, les 130 000 salariés de Total jusqu’en 2014). Elle s’inscrit dans une politique de contrepartie exigée par des mécènes de plus en plus préoccupés avant tout par la valorisation de leur image auprès de leurs clients comme de leurs salariés. Nous sommes tout à fait favorables à ce que l’accès à la culture soit facilité aux salariés, mais celui-ci ne doit pas se faire au détriment de celles et ceux pour lesquels il revêt une nécessité professionnelle.

La mobilisation récente des artistes et des enseignants a obligé la direction du Louvre à revoir sa position en rétablissant la gratuité, à compter du 20 décembre 2004, mais pour les seuls adhérents de l’association Maison des Artistes (qui regroupe 9 000 adhérents, ce qui est une minorité au regard des 35 000 professionnels), et ce sans condition de professionnalité [1]. Une gratuité conditionnée à la signature d’une Convention non rendue publique entre l’association et le Musée du Louvre.

Il y n’y a donc pas « gratuité » mais prestation contrainte pour regagner ce droit. De même, les étudiants de l’École du Louvre sont « invités » par une convention analogue à devoir rendre des prestations de services (bien entendu sans rémunération) pendant les « nocturnes jeunes » afin de préserver leur accès gratuit au musée, ou encore les enseignants sont « remerciés » par la gratuité s’ils amènent annuellement un groupe d’élèves dans une visite pédagogique.

L’exclusion des 35 000 artistes professionnels, reconnus comme tels par le régime de sécurité sociale qui leur est propre, du libre accès au Louvre ainsi que des étudiants en art ou des enseignants prouve que le musée recherche avant tout une rentabilisation de sa gratuité afin de trouver des bénévoles professionnels ou en formation pour assurer le développement de sa mission de médiation vers le public.

Dans un budget contraint et un désengagement de l’État, les emplois nécessaires à cette mission ne sont évidemment pas une priorité et le musée doit trouver des solutions pour y remédier ! Ces mesures viennent couronner une longue suite de régression : restriction de la gratuité pour tous à un dimanche par mois, augmentation régulière des droits d’entrée au regard du pouvoir d’achat, compression et précarisation du personnel, fermeture des salles par roulement, externalisation de certains services ou emplois, etc.

Cette politique s’inscrit, au Louvre comme ailleurs, dans une logique globale de remise en cause du service public sous couvert de sa réorganisation administrative et de sa prétendue réforme !

Parce que nous sommes attachés à la mission éducative de service public du Louvre, parce que nous estimons que les collections patrimoniales sont le bien commun de tous, parce que nous refusons de les livrer aux appétits des intérêts marchands : 

- nous exigeons l’abandon de cette politique de régression scandaleuse et inacceptable menée par l’administration du Louvre avec l’assentiment de son Ministère de tutelle ;
- nous revendiquons le retour à la gratuité sans restriction pour tous ceux qui viennent d’en être exclus.

Au delà, nous réclamons l’ouverture de l’ensemble des salles des musées avec les moyens humains et budgétaires adéquats, le développements des missions de médiation culturelle, l’instauration d’un véritable débat public sur une politique de gratuité qui profiterait au plus grand nombre et sur la politique culturelle et son financement dans son ensemble.

:: Louvre pour tous | 15/01/2005 | 15:23 |

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EN COMPLÉMENT

Signataires : Syndicat National des Artistes Plasticiens SNAP-CGT, Louvre pour Tous, Intersyndicale Ministère de la Culture (CFDT, SNAC-FSU, SUD, UNSA), Fédération FSU, Comité des Artistes-Auteurs Plasticiens CAAP, Syndicat National des Designers Textiles SNDT, Syndicat National des Sculpteurs et Plasticiens, Union Nationale des Peintres Illustrateurs UNPI, Syndicat National des Artistes-Auteurs SNAA-FO, Union des Photographes Créateurs UPC, Collectif des enseignants pour la gratuité des musées nationaux, SUD Education, SUD Etudiant, Solidaires Paris, Union Syndicale Solidaires, Réseau Stop Précarité, Marches Européennes, Free Warriors, Union of Students of Europe USE, CGT Eliance-Musée du Louvre, ATTAC-France, Syndicat français des artistes interprètes SFA-CGT, Alliance française des designers...



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NOTES

[1] Par la suite, le Louvre rétablit la gratuité pour l’ensemble des artistes affiliés au régime de sécurité sociale MAISON DES ARTISTES, seule garantie professionnelle.



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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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