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Plein Soleil depuis Saint-Nazaire

Bernard Hasquenoph | 19/06/2018 | 21:59 |


Durant tout l’été, une cinquantaine de centres d’art contemporain réunis dans le réseau d.c.a propose, sur toute la France, expositions et animations. Plein feu sur le Grand Café à Saint-Nazaire.

19.06.2018 | A L’HEURE OÙ LA MINISTRE de la Culture entend faire circuler les « oeuvres iconiques » des collections nationales « partout en France au plus près des publics » à croire, malgré toutes les dénégations, que la province serait un désert culturel, une cinquantaine de centres d’art contemporain dispersés sur tout le territoire réitère la manifestation estivale Plein Soleil initiée en 2007, éventail d’expositions et d’animations artistiques en tous genres.

Réunies au sein de l’association d.c.a née en 1992 pour structurer un réseau informel issu de la décentralisation et que l’on intègre par cooptation, ces 49 structures aux statuts variés représentent les forces vives de la création - le « patrimoine de demain », dixit - puisque leur credo est de privilégier la production d’œuvres et l’accompagnement des artistes. L’exposition constitue le plus souvent le terme du processus. Ou plutôt une étape. Le temps de la rencontre avec le public s’articule ensuite autour d’une multitude d’actions de médiation, l’une des composantes de leur ADN. Leur fréquentation annuelle est estimée à 1,6 million de visiteurs et visiteuses, dont plus de 200 000 scolaires, ce qui est tout sauf négligeable. Tout un volet de ce regroupement est de favoriser également les échanges internationaux

La saison 2018 a été lancée depuis Saint-Nazaire, ville qui ne possède aucun musée d’art - ce qui se retrouve pour un certain nombre de centres du réseau s’immisçant dans les interstices des territoires (zones rurales, banlieues…) - mais recèle d’autres atouts : un écomusée sur l’histoire de la ville, un centre d’interprétation sur celle des paquebots, Escal’Atlantic, et un singulier patrimoine architectural et urbanistique qui se redécouvre peu à peu. Né de la tragédie des bombardements de la Seconde Guerre mondiale qui effaca la ville à 80% pour se reconstruire en se décentrant de son lieu d’émergence originel, il offre des paysages industriels incroyables liés à la présence de ses célèbres chantiers navals.

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Exposition de Francisco Tropa au Grand Café de Saint-Nazaire

A l’après-guerre, au milieu des ruines de l’ancien centre-ville, subsistait un bâtiment construit au 19ème siècle : le Grand Café. Ilot fantôme parmi des bâtiments de la reconstruction des années 1950, après différents usages, il fut transformé en 1998 en centre d’art contemporain par la municipalité, conservant son appellation première. A l’origine, ce devait juste être ses bureaux mais sa directrice Sophie Legrandjacques a voulu en faire un lieu de création et d’exposition. Atypique dans le réseau d.c.a., il n’émane pas comme la plupart des centres de collectifs d’artistes ou d’associations, ce qui n’empêche pas une liberté de programmation comme tient à l’assurer sa directrice qui se trouve être l’actuelle présidente du d.c.a.

Pour ses 20 ans, le Grand Café présente deux manifestations, l’une in situ donnant la parole à l’artiste portugais Francisco Tropa qui ressuscite, au rez-de-chaussée, la vocation originelle du lieu, imaginant un café presque non-fictionnel puisque l’on peut s’y asseoir et même se voir servir une tasse, et dont on retrouve les éléments quotidiens épars, transformés en oeuvres et installations. Dans une petite salle attenante, un film en noir et blanc est projeté à travers la fente d’une maquette de porte ce qui rend son visionnage volontairement malaisé. Cet inconfort pousse à plutôt admirer la place à l’extérieur et son rond-point planté de palmiers, que l’on découvre par les fenêtres recouvertes d’un filtre rouge, ce qui confère à ce bout de paysage urbain une tonalité très années 1950.

A l’étage, l’ancienne salle de bal est immergée dans un nuage de vapeur intermittent, émanant d’une curieuse machinerie. Des statues aux contours indéterminés apparaissent en contre-jour. Au mur, sont épinglées des affiches reprenant des bribes de slogans publicitaires collectés par l’artiste sur des dépliants distribués ici et là. Par touches subtiles, Francisco Tropa fait entrer en relation passé et présent, extérieur et intérieur, Saint-Nazaire et son propre univers.

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Base sous-marine, Saint-Nazaire

Seconde proposition du Grand Café, cette fois hors les murs puisque le centre d’art contemporain investit une des alvéoles de la base sous-marine de Saint-Nazaire, gigantesque - c’est peu dire - bâtiment de béton longtemps méprisé des habitant.e.s. Pour cause, il fut construit de 1941 à 1943 sur ordre des Nazis afin d’accueillir des sous-marins de combat. Délaissé après la guerre comme toute la zone environnante devenue friche industrielle, c’est à partir des années 1990 qu’un projet de réhabilitation se fit jour avec le programme de « Ville-Port ». L’ancien maire parlait, avec ironie, de cette architecture fortifiée, troublante de démesure et d’austérité, de « dernier château de la Loire ». S’y ouvrirent en 2000 Escal’Atlantic, puis en 2005 LiFE (Lieu international des formes émergentes) et le VIP (scène musicale) destinés à accueillir concerts, expositions, spectacles…

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Krijn De Koning, son oeuvre au LIFE de Saint-Nazaire

C’est donc là que le Grand Café expose durant l’été l’artiste néerlandais Krijn De Koning, qui propose un labyrinthe de pièces ultra-colorées qui contrastent avec la coque grise et oppressante qui l’environne. Le seul regret, c’est qu’en pénétrant dans l’oeuvre, on n’est pas confronté au gigantisme de l’habitat que l’on découvre à la fin, en surplombant l’installation. Il faut ensuite se rendre sur le toit de la base, ouvert à la promenade, façon de réconcilier la ville avec ce si curieux ensemble au passé pesant. De là, on a une vue incroyable sur l’estuaire de la Loire, le pont de Saint-Nazaire et les fameux chantiers de l’Atlantique. Des artistes ont été invités à y installer des oeuvres pérennes : une anamorphose rougeoyante de Felice Varini qui court de de toit en toit de hangars, ou la sculpture de Jean-Claude Mayo, poutrelles dénudées évoquant la coque des vaisseaux négriers qui partaient du temps de l’esclavage.

On est étonné de voir pousser sur ce toit de béton des plantes. Il s’agit d’une des interventions les plus originales et poétiques de Gilles Clément, le Tiers paysage créé en 2009. Le célèbre jardinier planétaire est parvenu à faire émerger, dans l’endroit le plus improbable, des bouts de nature. On hésite à se réjouir ou à souffrir pour ces arbres dont les racines cerclées dans des cages de fer se fraient un chemin vers la lumière, comme une victoire sur le béton. Belle métaphore pour les centres d’art contemporain du réseau d.c.a qui poussent aussi dans des zones du territoire parfois oubliées.

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Les Jardins du Tiers Paysage, de Gilles Clément, Saint-Nazaire

:: Bernard Hasquenoph | 19/06/2018 | 21:59 |

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EN COMPLÉMENT

INFOS PRATIQUES
Plein Soleil - L’été des centres d’art
- 1er juin-30 septembre 2018
- www.dca-art.com
- RSN : Facebook /Twitter @dca_reseau / #PLEINSOLEIL2018

Grand Café
- Exposition Francisco Tropa - Le Grand Café, la moustache cachée dans la barbe
- 2 juin-23 septembre 2018
- Gratuit
- Grand Café - centre d’art contemporain, Place des Quatre z’horloges - 44600 Saint-Nazaire
- Musée des Antiquités, 198 rue Beauvoisine, 76 000 Rouen
- www.grandcafe-saintnazaire.fr
- RSN : Facebook / Twitter @cac_gc

- Exposition Krijn de Koning - Des volumes et des vides
- 2 juin-23 septembre 2018
- Gratuit
- LiFE - base des sous-marins
- www.grandcafe-saintnazaire.fr

Conditions de visite :: 1er juin 2018, sur invitation de l’agence Heyman Renoult Associées : transport, visite, déjeuner.


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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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