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L’Elysée recherche ses meubles désespérément

Bernard Hasquenoph |

Louvre pour tous | 2/08/2011 | 18:29 |


Sur 8 352 objets d’art et meubles précieux déposés dans les résidences présidentielles par le Mobilier national, les musées nationaux et le Fonds national d’art contemporain, 721 ont disparu... avant Sarkozy

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Siège du Président par C. Pillet ©BH

02.08.11 | DÉJÀ L’ANNÉE DERNIÈRE, la Cour des comptes avait relevé de graves dysfonctionnements dans la gestion des meubles et d’objets d’art en dépôt dans les résidences présidentielles, antérieurement à la prise de fonction de Nicolas Sarkozy en 2007 [1]. Cela concernait le Palais de l’Elysée, l’hôtel de Marigny qui le jouxte et qui loge les hôtes prestigieux du président, le fort de Brégançon à Bormes-les-Mimosas, le château de Rambouillet et le domaine de Marly-le-Roi dans les Yvelines auxquels l’actuel président a renoncé ainsi qu’au domaine de Souzy-la-Briche en Essonne [2]. Constatant d’importantes disparitions, la Cour jugeait néanmoins impossible toute poursuite pénale, personne n’étant en mesure de dater précisément l’évaporation dans la nature des dits objets ! Un inventaire en cours avait en effet permis de comptabiliser 109 pièces « pas encore identifiées », c’est-à-dire non localisables, quand « 67 objets dits remarquables n’(avaient) plus été vus depuis des années allant de 1994 à 2002 ». Jamais le mot vol n’était bien sûr prononcé. Pourtant...

Un an plus tard, la Cour des comptes, dans son nouveau rapport sur les comptes et la gestion des services de la Présidence de la République (p.5), prend acte des efforts entrepris par la direction administrative des services de l’Élysée - « avec une rigueur qui doit être soulignée » -, pour tirer au clair une situation qui s’avère pas franchement honorable ni exemplaire.

9% D’OBJETS DISPARUS
Le recensement entrepris avec le concours du Mobilier national a fait apparaitre que sur 8 352 objets déposés par cette administration ainsi que par les musées nationaux et le Fonds national d’art contemporain (FNAC), 721 n’ont pu être localisés, 498 étant manquants de longue date et 223 ayant disparu après 1995. Excusez du peu. Le rapport ne mentionne par les dépôts de la Manufacture nationale de Sèvres alors que ce sont ses objets qui, dans les autres services de l’Etat, ministères et autres, disparaissent le plus [3]. Quelles mesures seront prises pour tenter de retrouver les objets manquants ? On l’ignore. L’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) dépendant du ministère de l’Intérieur est-il seulement saisi ? On espère que les objets seront signalés sur le fichier TREIMA (Thesaurus de Recherche Electronique et d’Imagerie en Matière Artistique), photothèque nationale d’objets volés, alimentée par la police et la gendarmerie nationales. Rien n’est moins sûr en l’absence de plaintes. L’Elysée tient néanmoins à souligner qu’« à ce jour, il est possible d’affirmer qu’aucune œuvre d’art, aucun objet, ni aucun meuble n’ont été déclarés manquants depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy », c’est déjà ça [4].

Un taux de disparition d’un peu moins de 9%, cela place la Présidence parmi les meilleurs services de l’Etat en comparaison des taux effarants établis par la commission de récolement des dépôts d’oeuvre d’art qui travaille sur le sujet depuis 1997 ( !) et qui a rendu public en 2009 un état des lieux à la demande de Christine Albanel alors ministre de la Culture, étant entendu que la Présidence dispose naturellement de particulièrement beaux et précieux objets :

OBJETS ET MEUBLES « NON VUS » PAR MINISTÈRE | 2007
- ministère de l’Education nationale et ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : 45,7%
- ministère de la Défense : 39%
- ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi : 36,1%
- ministère de la Santé : 35,4%
- ministère de l’Equipement : 34,6%
- ministère de l’Intérieur et des collectivités territoriales : 33,4%
- ministère de la Culture et de la Communication : 30,4%
- ministère de l’Outre-Mer : 27,5%
- ministère de la Justice : 24,8%
- ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité : 24,4%
- ministère de l’Agriculture et de la Pêche : 22,3%
Source : Commission de récolement des dépôts d’oeuvre d’art

Histoire d’aggraver un peu plus le contexte, la Cour des comptes constate que le récolement contradictoire qui devait être mené concernant les résidences présidentielles n’a pu aboutir avec les musées nationaux « en raison d’un différend avec le conservateur chargé de l’opération pour le compte des musées ». V’là l’embrouille ! On n’en saura pas plus. Pour sortir de l’impasse, le président de la commission interministérielle de récolement des oeuvres d’art propose le concours à temps partiel d’un conservateur honoraire du patrimoine. Optimiste, la Cour des comptes espère « pour l’avenir une conservation enfin sécurisée » dans les résidences présidentielles. Nous aussi. Ceci dit, il y a peut-être une solution plus simple : que le maximum d’objets d’art et meubles en dépôt retournent dans les musées où ils seront manifestement beaucoup plus en sécurité et où le plus grand nombre de citoyens pourra en profiter. Ainsi, par exemple, peut-on voir encore aujourd’hui dans le bureau du secrétaire général de l’Elysée une tapisserie des Gobelins « autrefois suspendue au Château de Versailles » comme nous le montre ce récent reportage de TF1. Pourquoi ne pas la restituer à son lieu d’origine ?

FIN DE LA RESTAURATION DE L’ÉLYSÉE
Le même rapport de la Cour des comptes se félicite de l’achèvement prochain des travaux de restauration du bâtiment du Palais de l’Elysée. En effet, en 2008, un inspecteur général des monuments historiques avait dressé « une situation alarmante, menaçant autant la solidité de l’édifice que la sécurité de ses accès et des personnes qui y travaillent » (Réflexion populiste : quand on laisse écrouler l’Elysée et qu’on est incapable de résorber la fuite de ses meubles, est-on apte à gouverner la France ?). L’Elysée sarkozienne avait suivi les recommandations de la Cour, le ministère de la Culture, maître d’ouvrage, se mettant au travail. Un chantier particulièrement sensible pour que les activités de la Présidence n’en soient pas affectées, ce qui a tout de même été le cas lors du dernier Conseil des ministres avant leurs vacances, ce 1er août, qui, pour cette raison, s’est tenu très exceptionnellement, en face, à l’Hôtel de Marigny (voir la photo du Salon Murat en travaux et celles du ravalement de la façade). L’expertise de 2008 tablait sur un coût de 24 millions d’euros, le chantier aura finalement coûté 15,6 millions d’euros imputés sur le budget du ministère de la culture. Une enfin presque bonne nouvelle.

:: Bernard Hasquenoph |

:: Louvre pour tous | 2/08/2011 | 18:29 |

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EXTRAIT DU DOCUMENTAIRE « DANS LES COULISSES DE L’ÉLYSÉE » | FRANCE 5



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NOTES

[1] A l’Elysée, c’est le service de l’administration et de la conservation des résidences présidentielles qui en a la charge. Ce service « assume également une mission de conservation des objets et oeuvre d’art déposés par le Mobilier National, la Manufacture de Sèvres, les Musées nationaux et le Fonds national d’art contemporain » peut-on lire sur le site Internet de la Présidence. Les dépôts proviennent du Mobilier national, des musées nationaux, de la Manufacture nationale de Sèvres et du Fonds national d’art contemporain (FNAC).

[2] Les résidences présidentielles actuelles sont : le Palais de l’Elysée, l’hôtel de Marigny qui le jouxte et qui loge les hôtes prestigieux du président, le fort de Brégançon à Bormes-les-Mimosas et la Lanterne à Versailles que Nicolas Sarkozy devenu Président a « piqué » au Premier ministre. La présidence Sarkozy a renoncé à trois autres résidences : le château de Rambouillet et le domaine de Marly-le-Roi dans les Yvelines mis à la disposition du ministère de la Culture depuis le 1er juin 2009 - Marly a été rattaché au domaine de Versailles - et le domaine de Souzy-la-Briche en Essonne affecté au services des Domaines à compter du 1er juillet 2010 en vue de le louer ou de le vendre.

[3] 68,9% d’objets « non localisés » de la Manufacture nationale de Sèvres selon les travaux de la commission de récolement des dépôts d’oeuvre d’art mise en place sous le ministère Albanel (p.31).

[4] « Objets d’art : les précisions de l’Elysée », LE PARISIEN | 30.07.11.



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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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